Etiopathogénie psychopathie, personnalité antisociale

A. Aspects biologiques

 1. Neurophysiologie :

Fréquence élevée électo – encéphalographiques ont été décrites chez les psychopathes ; au demeurant inconstants et non spécifiques, à type d’ondes lentes thêta ou de bouffées pointues ont été mises en relation avec un retard de maturation nerveuse.

Les études de la conductance cutanée sont en faveur d’une faible « réactivité émotionnelle » et d’un hypo-éveil.

On en rapproche les enregistrements de potentiels évoqués et les travaux ayant montré les difficultés de l’établissement chez le psychopathe d’un conditionnement avec une moindre généralisation à des stimuli voisins que les sujets normaux.

2. Biochimie :

L’élévation d’adrénaline et de noradrénaline, en cas de stress, n’est pas aussi importante que chez des sujets témoins.  

3. Génétique :

les travaux portant sur les jumeaux « concordance pour la psychopathie chez les jumeaux monozygotes et dizygotes » ont montré le rôle relativement réduit joué par l’influence génétique. Et Q.Debray pouvait  affirmer qu’il n’existait que « peu d’éléments objectifs en faveur d’une origine biologique du déséquilibre mental ».

Plus importantes paraissent les fréquentes anormalement élevé des aberrations des chromosomes sexuels chez les délinquants « Des sujets porteurs du caryotype 47 XYY »

 

B. Approche psychanalytique :

 

Ce modèle privilégie l’origine étiologique de la psychopathie dans l’environnement socio-affectif de l’enfant mais ce n’est bien sûr pas exclusif d’une participation génétique ou biologique.

L’observation et les analyses biographiques permettent des mises en lien évidentes entre les avatars de l’histoire infantile du psychopathe et son comportement adulte. Certains sont très précoces, avec une atteinte des tout premiers processus de reconnaissance mutuelle de l’enfant et de sa mère qui elle même est volontiers dépressive.

On retrouve souvent une insuffisance de la maintenance, de la caresse, des gratifications qui aboutissent à une insécurité narcissique et à la nécessité d’une autonomie trop précoce aussi bien sur le plan psychique que sur le plan psychomoteur.

Le psychopathe adulte a été un enfant sur-stimulé par rapport à ses capacités de maîtrise de l’excitation : il n’a pas été protégé de l’excitation des adultes qu’il a partagée dans une promiscuité physique et psychique, ni de sa propre excitation pulsionnelle.

Le père est absent ou apparaît épisodiquement de façon grandiose dans des attitudes qui ne transmettent pas la possibilité d’intégrer une loi exigeante mais aussi protectrice.

Les discontinuités de l’investissement maternel conduisent à une forme particulière de relations abandonniques rappelant ce qui a pu être décrit sous le nom d’attachement « ambivalent » avec une attaque permanente des objets qui sont, en même temps, indispensables ou d’attachement « désordonné » avec des actes de mise en danger de soi-même et des autres. Sitôt nouée, la relation positive ou négative est mise à l’épreuve jus- qu’à la rupture parce qu’elle éveille, par son existence même, les mécanismes d’excitation que l’enfant a connus répétitivement dans le passé. Le psychopathe fait la preuve par l’épreuve que toute relation ne peut qu’aboutira une rupture, avec un vécu de « dérangement affectif » tel que mieux vaut la certitude amère d’une relation interrompue que la douloureuse incertitude de la possibilité qu’elle s’interrompe.

Ainsi s’expliquent les comportements paradoxaux des psychopathes à l’égard de leurs objets ou des institutions qui aboutissent à une véritable provocation permanente et à la mise en échec systématique des projets les plus adaptés en apparence à leur capacité et leur besoin.

Les passages à l’acte constituent la voie habituelle de métabolisation des tensions, de décharge des conflits sans but rationnel et sans adaptation efficace, court-circuitant en tout cas la mentalisation. Chez le psychopathe, la décharge de l’excitation dans le registre du comportement paraît privilégiée par rapport à la voie mentale avec des processus divers, stimuli d’une intensité particulière ou « auto-calmants » épuisant la pulsion. (On en trouve les versions bien socialisées chez certains rameurs héroïques traverseurs d’océans).

La fascination par sa propre histoire et le récit spectaculaire mais figé et répétitif que le psychopathe en fait, constituent parfois un moyen paradoxal de maîtrise des émotions qui s’y rattachent et qui restent ainsi localisées.

Les liens de la psychopathie adulte avec les troubles des conduites infantiles et notamment le syndrome d’hyper-activité avec déficit de l’attention sont nets.

Le psychopathe a volontiers recours à des conduites ordaliques où il fait appel à la chance, à Dieu, à la loi ou à un objet de bonne volonté pour que les choses changent dans un passage à l’acte dont les tentatives de suicide par auto-mutilation paraissent être un exemple très courant. Il s’agit d’un moyen d’agir sur l’autre en agissant sur soi-même dans la relation d’emprise, en même temps qu’un moyen de décharger les tensions d’un éprouvé douloureux par un stimuli d’une intensité plus grande et plus concrète, plus localisable que le conflit intrapsychique.

Comme tous les états limites, le psychopathe n’a pas intégré un Surmoi achevé et harmonieux qui confère une loi interne et une « morale de situation » permettant le respect de l’autre même dans des circonstances nouvelles non encore apprises par l’expérience. Son appareil légal intra-psychique est constitué essentiellement par l’idéal du moi, hérité des premiers apprentissages, nécessaires à la survie mais constitués d’obstacles non négociables sur la route des pulsions, signifiés par la toute-puissance maternelle.

Ce précurseur, tyrannique, devrait normalement être accompagné et relayé par l’interdit, signifié par la parole du père qui est ici défaillante. Mais les comportements de transgression du psychopathe sont spécifiques, qui sont non seulement le résultat d’une défaillance d’équipement psychique mais font partie d’une quête systématique des limites et d’un défi permanent à tout objet qui prétend incarner la loi. Le psychopathe paraît être dans l’appel à la manifestation d’une loi paternelle bienveillante, qu’il invalide le plus souvent mais qu’il cherche malgré tout à trouver.

La relation du psychopathe à son corps exprime comme la relation à l’autre l’insécurité et la mauvaise maîtrise de la distance. La peau est saccagée par des tatouages graffiti ou des cicatrices, comme si l’insuffisance des caresses maternelles en avait fait une limite imparfaite du corps.

Le psychopathe peut aussi régresser brutalement dans des accidents psychosomatiques dont le sens est bien sûr perdu et qui paraissent se lire comme des maladies du corps. Il n’est pas insensible et même au contraire des données expérimentales tendent à montrer que le seuil de douleur est abaissé chez l’abandonnique mais il ne sait pas habituellement prendre soin de lui comme en témoigne notamment l’état de ses dents.

Existe-t-il des psychopathes filles ? On pourrait répondre en disant que la problématique psychopathique mettant en jeu des avatars de vie et des comportements qui se situent en amont de la formation de l’identité sexuée définitive, il y a peu de différences spécifiques au genre entre un loubard et une loubarde.

Existe-t-il des vieux psychopathes ? Il est habituel de dire que la quatrième décennie « assagit » la séméiologie psychopathique : soit le psychopathe s’est calmé par épuisement pulsionnel et finalement apprentissage relationnel et cognitif, soit il est mort. Il peut aussi, s’il a survécu à ses défis et à son mode de vie aussi bien qu’aux accidents somatiques, avoir évolué vers une forme différente en général plus élaborée, sensitive narcissique avec des traits paranoïdes mais aussi parfois authentiquement dépressive. A l’inverse, il peut régresser vers une dépendance clochardisée ou une quasi catatonie dans un hôpital psychiatrique qui l’a enfin accepté… ».

 

  • Différentes personnalités :

-         Type névrotique. On notera de la mythomanie, de nature hystérique. On aura alors affaire au déni de la castration « accès au dossier « Œdipe«  ». L’obsession et l’impulsion sont à l’origine du passage à l’acte.

-         Type pervers. Il y aura de l’exhibitionnisme, du voyeurisme… Ce sont les personnalités psychopathes les mieux adaptées à la société.

-         Type psychotique. Présence de bouffée délirante.

 

  • Les mécanismes de défense :  

Le psychopathe utilisera 6 principaux mécanismes de défense :

-         Le clivage en bon et mauvais objet, permettant d’éviter la confrontation du patient à son ambivalence affective. Cela lui évite l’angoisse et la dépression narcissique « accès au dossier « angoisse«  ». Le mécanisme du clivage protège contre le sentiment d’incomplétude. La construction psychique du psychopathe ménagera un premier secteur adapté au milieu qui ne peut faire l’objet de blessures narcissiques et un deuxième secteur continuellement blessé. Le clivage lui permet de résoudre son angoisse interne et empêche la dissociation. L’intolérance à la frustration est une conséquence du clivage.

-         L’idéalisation. Cela concerne les Objets externes qui doivent apparaître comme étant parfaits, hors de portée de tout risque de destruction, destruction que le sujet lui-même pourrait en fait causer. Il y a méconnaissance de toute agressivité envers ces Objets, qui alimentent aussi une gratification narcissique. Quand un psychopathe se rend compte que l’objet en question n’est pas si parfait que ça, la relation casse. Il y aura une tension entre ces deux extrêmes que sont l’objet parfait et l’objet mauvais « accès au dossier « relation d’objet«  ».

-         L’identification projective. C’est un mécanisme en rapport avec le clivage. Les images de Soi perçues comme étant mauvaises seront externalisées. Le psychopathe a une grande difficulté à établir les limites entre Soi et l’objet, entre l’interne et l’externe, et ceci explique la fragilisation du Moi. Ces patients auront toujours besoin de contrôler l’objet pour s’en protéger, et l’autre sera donc forcément perçu comme dangereux.

-         Le déni, concernant surtout les émotions. Les actes n’ont pas de valeur émotive. Le passage à l’acte existe en lui-même sans valeur interne. Il n’y a pas de déni de la réalité.

-         L’omnipotence, en rapport avec le narcissisme exacerbé.

-         La forclusion. C’est la séparation du sens et de la chose. Le signifiant est mis à l’extérieur. C’est une sorte de clivage concernant l’ensemble « Signifiant/signifié » « accès aux dossiers « langage et inconscient » et « forclusion du nom du Père«  ».

-                        Le psychopathe a toujours besoin de tester, d’appréhender la réalité. D’une manière générale, il ne souffre pas, il n’a pas de demande. Ce sont les autres qui souffrent.

 

C.  Aspects sociologiques :

Si le milieu social originel peut être un facteur de constitution de la personnalité psychopathique, le milieu socio – économique actuel est un facteur d’exacerbation de ces symptômes le plus étudié par les enquêtes sociologiques. Cela étant, le psychopathe choisi son milieu en fonction de ses tendances personnelles, d’où une constante interaction entre les facteurs endogènes et exogènes.

Cependant, la délinquance recensée n’est que le résultat de l’intersection de certains passages à l’acte et du contrôle social, d’où la prudence qui s’impose  devants les statistiques. Un milieu familial défavorisé sur le plan économique, affectif et éducatif paraît être un élément important de délinquance et de psychopathie, le pourcentage de parents eux même délinquants n’étant pas négligeable. L’anomie, la ségrégation à la fois sociale et géographique, l’accentuation des tentations et des frustrations dans une société qui idéalise l’abondance des biens « et qui concerne ses caractéristiques au sein de la ville » constituent l’essentiel des facteurs sociaux actuels. Les phénomènes historiques tels que les guerres, les révolutions, les crises économiques sont également des facteurs d’augmentation de la délinquance.

La profession constitue un milieu témoin intéressant, et on remarquera l’importance dans la période actuelle de la délinquance d’affaire, il faut souligner en effet les différences qualitatives de la délinquance selon les milieux fréquentés, la singularisation et la marginalisation s’établissant par rapport à une norme et selon une double stigmatisation.

Psychopathie, personnalité dyssociale ou antisociale

Historique psychopathie

Epidémiologie psychopathie

Clinique psychopathie, personnalité antisociale

Criteres DSM IV 4 et CIM-10 Psychopathie, personnalité antisociale, dyssociale

Criteres DSM IV 4 et CIM-10 Psychopathie, personnalité antisociale, dyssociale

Evolution / Complications psychopathie

Diagnostic différentiel psychopathie, personnalité antisociale

Formes cliniques psychopathie, personnalité antisociale, dyssociale

Aspect médico – légal psychopathie, personnalité antisociale

Psychopathologie psychopathie, personnalité antisociale

Etiopathogénie psychopathie, personnalité antisociale

Prise en charge psychopathie, personnalité antisociale

 

Les commentaires sont fermés.