Comment devient-on toxicomanes, étiologies toxicomanie

L’idée prévaut que les jeunes essaient la drogue par curiosité, qu’ils y prennent plaisir puis se trouvent piégés par le produit. Alors débute l’escalade, celle des doses, celle d’une substance à une autre plus forte, celle des passages à l’acte « vols, cambriolages, prostitution », celle de la détérioration des relations humaines et souvent de la désocialisation.

Le modèle biopsychosocial lui-même doit être complexifié. Malgré les progrès de la neurobiologie et des études comportementales, malgré l’apport des études catamnestiques et psychanalytiques, il est illusoire de tenter d’isoler les conditions objectives qui conduiraient inéluctablement un enfant à devenir toxicomane. Il convient plutôt d’émettre l’hypothèse, plus proche de l’expérience clinique, d’une vulnérabilité qui serait la résultante de facteurs biologiques, d’une sociogenèse et d’une psychogenèse.

A.  Vulnérabilité génétique :

Etude de morbidité dans les familles des toxicomanes :

On a retrouvé chez les parents biologiques des toxicomanes aux opiacés des taux élevés de personnalités antisociales, de dépression, de toxicomanie et d’alcoolisme.

Etude d’adoption : 

Il existerait deux modes de vulnérabilité génétique à la toxicomanie chez des toxicomanes adoptés, séparés dès leur naissance de leurs parents biologiques : 

L’un à travers les parents biologiques lié à la personnalité antisociale, et l’autre à travers les parents biologiques qui n’ont pas de personnalité antisociale mais ont des problèmes d’alcool.

Etudes de jumeaux :Etudes faites chez des jumeaux élevés séparément

Des études ont évalué l’héritabilité des problèmes de drogue à 46 % ; suggérant des facteurs génétiques communs à certains comportements « consommation d’alcool, comportement antisocial dans l’enfance et chez l’adulte ».

Rôle du gène DRD2 :

Il existerait une éventuelle liaison ou association génétique « gène codant pour le récepteur dopaminergique D2 » et les conduites addictives.

B. Vulnérabilité biologique :

Les mécanismes d’action sont distincts selon les types de produits, dont on distingue trois groupes : les psychostimulants « cocaïne, amphétamine », les opiacés « morphine, héroïne », et le cannabis et ses dérivés.

Il est clair que chaque groupe de produits, voire même chaque produit, possède un site d’action propre « récepteur, enzyme, vésicule de stockage ». Cependant, il existe une convergence de l’effet de ces produits sur certains systèmes de neuromédiateurs : les systèmes catécholaminergiques, et plus précisément, les systèmes dopaminergiques. En dehors des cannabinoïdes – où l’effet dopaminergique est encore mal défini -, il semble raisonnable d’admettre que la très grande majorité des produits toxicophiliques active la transmission d’une ou de plusieurs des voies dopaminergiques ascendantes. Schématiquement, la cocaïne bloque la recapture de dopamine, l’amphétamine accroît sa libération et les opiacés activent les neurones dopaminergiques des voies ascendantes en agissant sur des aires spécifiques du système nerveux central.

Outre la convergence neurochimique observée entre l’effet des différents produits toxicophiliques et les neurones dopaminergiques, un certain nombre de caractéristiques, tant anatomiques que fonctionnelles, de ces neurones, leur confère une place particulière dans le système nerveux central.

Cette hypothèse étiopathogénique qui touche essentiellement le système dopaminergique est cependant controversée et reste donc à confirmer.

 

C. Vulnérabilité psychologique :

L’expérience clinique plaide pour une vulnérabilité addictives qui, après le premier contact avec la drogue, favorise chez certains l’installation d’une dépendance, alors que chez d’autres les expériences d’initiation resteront  sans lendemain. Les premiers auteurs qui, au XIX siècle se sont intéressés à la dimension psychologique des toxicomanies ont mentionné une « immaturité affective », souvent évoquée par la suite, et qui aujourd’hui est plus précisément définie par des difficultés de séparation – individuation, une fragilité du sentiment d’identité, une incapacité à être seul, à maintenir des relations durables avec un objet investi, une fantasmatisation moins riche.

Motivation exprimée :

Parmis les motivations rationnelles exprimée sont la curiosité, le désir de connaître, l’attrait de l’inconnu, la tentative de dépasser les coordonnées de l’espace et du temps, la recherche du plaisir, le désir d’enrichir son expérience, la recherche d’une expansion  de la conscience et d’un état d’extase, l’identification à un groupe marginal, le refus de la société, le rejet d’un certain système de valeur, une situation familiale conflictuelle, l’anonymat et la tristesse des grandes métropoles.

Des motivations inconscientes certaines personnalités prédisposées lorsqu’elles rencontrent la drogue, éprouvent un véritable « coup de foudre toxicomaniaque ».

Comorbidités toxicomanie avec la dépression, les troubles anxieux, la personnalité antisociale, schizophrénie…

Evénement de vie :

Des événement perturbants dans l’enfance tel que  l’absence des parents « abandon, décès, divorce… » générents des frustrations réelles « frustration de manque, d’injustice profonde… ».

Le recours à la drogue vient en lieu et place des mécanismes de défense « refoulement, isolation, annulation rétroactive » : engourdir le psychisme, bloquer le surgissement de représentations intolérable.

Modes relationnels dans l’enfance :

Empiètement :  les toxicomanes se plaignent que leur mère empiète sur leur espace psychique. Ils   n’auraient pas été considérés comme des individus mais des outils du narcissisme des parents.

La conduite toxicomaniaque va exprimer une revendication d’autonomie, mais simultanément dénie la séparation tout en renforçant la dépendance.

Rejet : les placements multiples et l’abandon sont interprétés par l’enfant comme un rejet. Le manque de drogue prolonge le manque de mère et certains toxicomanes rapprochent explicitement la recherche de drogue à la recherche de leur mère. Dans la répétition du manque qu’il recrée sans cesse, le toxicomane tente de réélaborer le traumatisme du rejet.

Empiètement et rejet : mélange d’empiètement de l’espace psychique de l’enfant et de désinvestissement par une mère essentiellement dépressive.

Modes relationnels dans l’adolescence :

Au cours de l’adolescence, la reviviscence des pulsions agressives et érotiques fragilise le moi, de même que la pression anxiogène des choix de vie à faire ; une tension anxieuse résultant des conflits mal résolus des périodes précédentes « surprotection ou rejet des parents, abus sexuels, difficultés identificatoires… ».

La consommation toxicomaniaque, au début, est donc en rapport avec la problématique adolescence ; en particulier elle comporte une propension à l’agir qui court-circuite la mentalisation. 

D. recherche de sensations fortes :

La recherche de sensations fortes est une dimension de la personnalité « qui tend à atteindre et à maintenir un niveau optimum d’activation élevé ». on l’observe une recherche de sensation forte dans la psychopathie, l’alcoolisme et la toxicomanie. Un sujet hyperactif, impulsif, irritable a tendance à rechercher des sensations fortes.

E. Conduites ordaliques :

Sur le plan du sens de recherche de sensations fortes, on fait appel à la notion de conduite ordalique « jugement de Dieu » ; c’est l’appel du sujet à une puissance extérieure toute – puissante qui décide de le faire vivre ou mourir. La mise en acte du fantasme ordalique traduit une faille du narcissisme, ou une défaillance de la fonction de la loi, ou une rupture précoce dans le chemin de l’individuation. se retrouver en vie après avoir frôlé la mort est une confirmation qui comble – temporairement certes – la faille narcissique. On retrouve ainsi par un autre chemin la sensation forte.  

I. Généralités / Définition

II. Historique

III. Implication médico-légale

IV. Epidémiologie

V. Caractéristiques du cannabis

VI. Pharmaco-cinétique du cannabis

VII. Effets du cannabis

VIII. Complications

IX. Tolérance et dépendance

X. Critères diagnostique DSM IV TR

XI. Comment devient-on toxicomanes

XII. Psychopathologie

XIII. Prise en charge