Données psycho-génétiques de la schizophrénie

Psychanalyse

Introduction :

L’ouverture de la notion de la démence précoce vers celle des groupes de schizophrènies de Bleuler est, de ce point de vue paradigmatique. Les élaborations théoriques et thérapeutiques suscitées par cette confrontation tout au long de ce siècle, depuis les travaux princeps de Freud jusqu’à la conception psychanalytique moderne de la schizophrènie, n’ont cessé de tenter de répondre aux questions posées par l’étiogénèse, la structure du processus psychotique et celle du sujet souffrant.

La théorie psychanalytique décrit schématiquement deux périodes évolutives de la schizophrènie. Une première phase régressive, apparentée aux observations de Klein sur la période schizoparanoïde, serait justifiable d’une prise en charge hospitalière, maternante, groupale, thérapeutique pluriel. L’autre, permise par les ouvertures évolutives crées lors de la précédente, relèverait alors d’un cadre classiquement duel mais toujours référé sur un extérieur, le plus souvent institutionnel, afin de pallier les éventuelles carences mutuelles du patient et de son analyste.

Freud:

Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de Paranoïa « 1911 » :

Il interprète les sentiments de grande catastrophe, de fin du monde, de mort imminente, de transformation du monde que connaît Schreber au début de sa maladie comme la traduction du retrait des investissements libidinaux des objets externes « car l’univers subjectif du malade a pris fin depuis qu’il lui a retiré son amour ». la libido détachée des objets reflue sur le Moi en une régression au stade narcissique, auquel le sujet était resté anormalement fixé.

L’apparition du délire et le travail délirant se comprennent comme une tentative de restauration des relations objectales.

Freud décrit avec précision le mécanisme de projection psychotique, saisissable aussi bien dans l’hallucination que dans l’interprétation délirante. « Consiste à projeter sur l’extérieur, sur les autres les pulsions inaccessibles ; par exemple le Moi perçoit une pulsion violente et destructrice puisqu’elle le traverse, mais elle attribue aux autres cette violence perçue « ne vous mettez pas en colère » ; alors que tel n’est pas le cas.

L’objet de cette protection est d’externaliser les images du Soi ou d’objet totalement mauvaise et agressive, mais les objets recevant ces projections deviennent à leur tour menaçants, rendre nécessaire le contrôle de ces objets d’où des manipulations agressives ».

Pour introduire le narcissisme « 1914 » :

Le narcissisme est défini comme une unification de l’auto-érotisme sur un objet unique, toujours interne.

Narcissisme primaire normal auquel régressent les schizophrènes ce dont témoigne « le délire des grandeurs et le fait qu’ils détournent leur intérêt du monde extérieure.

 

La perte de la réalité dans la nevrose et dans la psychose « 1914 » :

Freud décrit le mécanisme de déni psychotique qu’il rattache à la perte de la réalité « Il entretien le clivage, il permet de maintenir hors de la conscience une représentation contradictoire, incompatible avec l’état d’esprit dans lequel se trouve le patient à ce moment là. En effet, le patient peut avoir conscience du caractère opposé de ses sentiments ou pensées en deux moments différents à l’égard d’une personne mais cela n’influence pas la nature de ses sentiments actuels.

Il est très différent de la dénégation liée au refoulement névrotique, le déni se manifeste cliniquement par la connaissance purement intellectuelle d’expériences déjà vécues, ne pouvant modifier ni les affects, ni les actes du sujet. La mise en acte, forme particulière de déni, est une opération mentale pouvant directement déboucher sur des conduites symptomatiques.

 Klein :

Il précise la nature de la régression schizophrénique, au cours de celle-ci, sur la base de fixations au premier sous stade orale, le schizophrène retrouve l’angoisse de morcellement caractéristique de la position schizoparanoïde, et utilise contre cette angoisse les mécanismes de défense normaux à ce stade de développement de l’enfant : clivage du Moi et de l’objet, projection, identification projective. La fusion avec le bon objet idéalisé est aussi ardemment recherchée qu’est redoutée l’intrusion du mauvais objet persécuteur : c’est là le dilemme fondamental de l’affectivité ambivalente du schizophrène.

Clivage du Moi « le clivage du patient psychotique discordant vise à atténuer l’angoisse en fragmentant l’unité du Soi et l’objet. Il permet le maintien artificiel d’une séparation de soi d’objets internalisés toutes bonnes et toutes mauvaises, reliées aux rejetons pulsionnels libidinaux et agressifs. Sa perception du monde et des relations interpersonnelles seront sans cesse clivées en expériences de satisfaction ou de souffrance et d’agressions.

La coexistence pacifique de sentiments contraires vis –à –vis d’une même personne est impossible, il ne peut y avoir ni intégration des sentiments opposés, ni compromis ‘ambivalence psychotique’, ni élaboration conflictuelle comme dans l ‘ambivalence névrotique.

Il protège ainsi le Moi fragile contre la diffusion de l’angoisse, lui évitant la confrontation à l’ambivalence et à la souffrance dépressive ».

Identification projective « Représente un des mécanismes de défense les plus utilisés dans la psychose. Proche de la projection, elle consiste à s’identifier à l’objet afin de le protéger « il est comme moi, on est pareil ». permet l’expulsion à l’extérieur de lui même les mauvaises images de soi et d’objet, « la partie projetée représente les parties ‘mauvaises’ de la personne propre », les empêchant ainsi  venir menacer les bonnes. Il les projette sur autrui, l’angoisse persécutive le contraignant alors à exercer un contrôle étroit de l’objet perçu comme dangereux

Ce mécanisme de défense crée l’illusion de maintien d’objet et permet au sujet d’affirmer qu’il a un pouvoir sur l’objet, cette identification d’un objet avec les parties haïes du patient contribue à intensifier la haine contre elles, et à vivre l’objet comme persécuteur.

Lacan

le rejet porte sur un signifiant, celui du « nom du père » qui ne vient pas se substituer au désir de la mère dans la métaphore constitutive de l’inconscient. c’est donc l’absence non pas du père réel mais de ce signifiant dans le discours de la mère qui rend possible la survenue de la psychose.

les données familiales et sociologiques

Il existe des perturbations des relations du schizophrène avec sa famille, et que l’on puisse affirmer la constitution d’états pré-schizophréniques à la faveur de ces perturbations infantiles ou juvéniles.

Tout événement traumatisant ou toute circonstance pouvant compromettre le développement affectif normal de l’enfant peut avoir un rôle de « précipitation » ‘H.Ey ’ vis – à – vis du déclenchement de la psychose.

Altération précoce, dans les phases prégénitales du développement, des relations affectives avec l’entourage, soit trop grande dépendance, soit trop grande frustration à l’égard de la mère « captative ou redoutable » ou du père. Il faut insister sur l’importance prise par la notion de carence affective, extrêmement fréquente.

L’étude de la communication dans le milieu familial du schizophrène « Palo Alto – USA », révèle de graves perturbations qui préexistent à la maladie, et sans doute, la préparent. La communication est falsifiée par une attitude de disqualification et d’invalidation à l’égard des membres de la cellule qui menacent son unité. Un jeu d’injonction positive et négative, réalise des situations inextricables, sans issue « double lien de Baterson » dont la seule conclusion est la fuite dans l’imaginaire. Wynne s’en prend également à la pseudomutualité de la famille organisée derrière un ‘mue de caoutchouc’ dans une situation déréelle que justifie une mythologie défensive. Quand l’individu échoue dans son conformisme ou se situe dans une perspective déviante, il est rejeté par le milieu familial hors de la normalité sociale, malade ‘désigné’, il est récupéré par la structure psychiatrique, assimilée à une instance répressive ‘Laing’.

Données phénoménologiques

Les analyses existentielles en particulier des formes paranoïdes et délirantes, montrent que l’existence du schizophrène peut être en effet considérée comme « un bouleversement du cheminement vital qui se disperse et se perd dans une sorte d’organicité du monde… » ‘H.Ey’.

Il ya chez le schizophrène une altération de la structure existentielle, de l’expérience vitale ou du contact vital. Rappelons que pour Minkowski c’est une perte du contact vital qui serait le noyau fondamental de la maladie ; le diagnostic repose sur l’intuition de cette anomalie.

Pour Binswanger l’analyse existentielle doit saisir l’homme malade dans la particularité de son existence, et le trouble demande pour être compris pénétration « herméneutique » de l’existence…

 

Etiopathogénie de la schizophrénie – Introduction

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