Description clinique des phobies scolaires

 

A. Phobie scolaire à la phase de latence; pré puberté

1) le moment phobique

a. l’expression symptomatique aigue :

est liée à l’école, lors du départ au collège, l’enfant s’agite, manifeste une angoisse importante, cette angoisse apparaît parfois, seulement dans la salle de classe, ce malaise ira croissant en intensité, s’étendant à tous les cours et au chemin de l’école.

. on peut noter des crises d’anxiété voire de panique au moment de quitter la maison.

. si l’enfant est forcé, des manifestations comportementales plus bruyantes apparaissent; cris, agitation, violence, fuite, plus rarement il se laisse convaincre mais la crise d’angoisse et le besoin d’évitement apparaitront à l’occasion d’une remarque, d’une altercation minime avec un pair ou un enseignent.

ð  il s’agit donc d’une angoisse majeure, une tension psychique contenue, jusqu’à ce que l’acte, le refus de l’école, permette de l’évacuer et de retrouver provisoirement un sentiment de maîtrise.

. l’enfant ne peut expliquer sa conduite, et promet à ses parents de retourner à l’école le lendemain.

b.  manifestations somatiques;

peuvent être au premier plan, c’est un déguisement somatique de la phobie scolaire.

L’enfant se plaint de nausées, vomissements, perte d’appétit, syncope, maux de tête, malaise, douleurs abdominales, diarrhée, tachycardie….ces plaintes surviennent en général, le matin, en début de semaine ou pendant les cours.

Cette symptomatologie primaire peut être utilisée par l’enfant secondairement, d’une manière plus ou moins consciente. Il utilise également des mécanismes régressifs tq l’énurésie, encoprésie.

c. rationalisations secondaires

elles portent le plus souvent sur l’incompétence des enseignants, la crainte des examens, un désintérêt à l’égard des connaissances, toujours teintées d’angoisse, crainte suscitée par la fréquentation d’autres enfants (sentiment d’être le bouc émissaire, de ne pas être compris…)

2) En dehors des moments phobiques

Dès que l’enfant n’est plus confronté au départ à l’école, il est calme, promet d’y aller plus tard sans difficultés.

Dans tous les autres domaines, il s’agit d’un enfant facile, coopérant. Il n’y a pas de refus de travail scolaire à la maison, il accepte de faire ses devoirs, tente de rattraper son retard, parfois même on note un surinvestissement, maintenant un bon niveau pédagogique malgré les nombreuses absences.

3) Facteurs déclenchant

Qq soient les explications avancées, le refus de l’école reste mystérieux, d’autant qu’il résiste à toutes les formes d’intervention de l’entourage. Toutefois, des évènements dont l’impact a pu paraître négligeable, sont fréquemment notés dans les semaines ou mois qui ont précédé l’éclosion des troubles; un accident, une maladie, des vacances, un déménagement, changement d’établissement ou de cycle, une altercation avec un enseignant.

ð  en fait tout changement dans la vie de l’enfant qui peut être vécue comme menaçant pour la sécurité ou le sentiment de sécurité du jeune.

4) Signes associés

Parfois la phobie scolaire reste rigoureusement isolée, tout va bien en dehors de la situation scolaire, cependant, le plus souvent, il peut y avoir d’autres manifestations;

. des troubles anxieux +/- patents : agoraphobie, phobie des transports en commun, phobie sociale, phobie simple, PTSD, des conduites d’évitement ainsi que des conduites hypocondriaques ou obsessionnelles (rangement du cartable, méticulosité…)

. des comportements de la série dépressive;

Crises de larmes, idées tristes persistantes, baisse de l’estime de soi, idées de mort, pensées suicidaires, repli sur soi, indifférence, désintérêt progressif pour toutes les activités, y compris celles qu’il investissait de façon positive auparavant.

Troubles du sommeil avec difficulté d’endormissement, éveil nocturnes, cauchemars.

Modification de l’appétit et de l’alimentation (conduites anorexiques ou boulimiques).

. des conduites agressives ou impulsives

L’enfant se rapproche de façon ambivalente à sa mère, alors qu’il était jusqu’ici soumis et passif, il devient exigent, susceptible voire agressif

5) Structure de la personnalité

le profil de ces enfants sans ATCD notables, comporte qq particularités;

. anxiété latente : se traduisant par des craintes multiples, une intolérance aux changements, un besoin de sécurité important, restreignant ainsi les échanges avec autrui.

. tristesse, hypersensibilité aux critiques, avec appréciation péjorative de ses potentialités.

. plaintes somatiques, rationalisation des activités, évitement de toute situation menaçante, dépendance exagérée à l’entourage.

. les entretiens cliniques mettent en évidence une inhibition intellectuelle et affective, la curiosité intellectuelle fait défaut, et l’effort de concentration semble difficile.

. la psychométrie retrouve un bon niveau intellectuel, et une pauvreté des réponses affectives.

B. Phobie scolaire précoce

Elle est le plus souvent, indissociable d’une angoisse de séparation;

* au moment des 1ers essais scolaires, l’enfant n’accepte pas de se détacher de sa mère, de la même façon qu’il n’accepte pas la moindre de ses absences, les craintes de la maladie, de la mort, les phobies du coucher, du non…

* Parfois la disponibilité et la tolérance de l’enseignant facilitent l’investissement d’activités nouvelles, et les difficultés tendent à s’estomper progressivement.

Pour d’autres, la scolarité constitue une menace pour le sentiment de continuité de soi, une perte de limites. Le défaut de symbolisation de l’absence rend impossibles les échanges ludiques et les langages avec les personnes étrangères, qui restent menaçantes pour l’intégrité du sujet.

Ce fonctionnement symbolique témoigne d’une organisation pré psychotique.

ð  le terme de phobie scolaire est inapproprié dans toutes ces éventualités, dominées par une angoisse de séparation mineure, il ne se justifie que lorsqu’elle apparaît chez les enfants après une période relative adaptation.

C. Phobie scolaire de l’adolescent

À l’adolescence, le refus de la scolarité s’installe de façon plutôt insidieuse, la crainte des examens, les récriminations à l’égard de la qualité des enseignements, les plaintes concernant les camarades sont au 1er plan.

Les évènements à potentialité traumatique peuvent être au 2nd plan, par échéance d’une épreuve décisive, éloignement d’un ainé, rencontre sexuelle, rupture…

L’angoisse est peu apparente dans la mesure où l’absence scolaire est souvent tolérée par l’entourage. L’abandon de la scolarité s’apparente à un repli  protection qui permet à l’adolescent de ne pas se mesurer aux autres.

Le rapprochement avec les parents, ainsi provoqué, accroit le vécu de dépendance, inacceptable à cet âge. L’adolescent vise à réintroduire une distance relationnelle par son mépris, son isolement et son autoritarisme.

L’adolescent peut se montrer préoccupé par son retrait, inquiet de sa santé et de son avenir.

L’enfance de ces ado est asymptomatique, mais caractérisée par une soumission exagérée à la volonté des adultes.

Les attentes et réponses des parents jouent un rôle non négligeable pouvant modifier l’expression clinique et infléchir l’évolution.

Les phobies scolaires – introduction

Historique des phobies scolaires

Définition de la phobie scolaire

Épidémiologie des phobies scolaires

Description clinique des phobies scolaires

Formes cliniques des phobies scolaires

Diagnostic selon DSM IV des phobies scolaires

Diagnostic différentiel des phobies scolaires

Évolution des phobies scolaires

Psychopathologie des phobies scolaires

Abord thérapeutique des phobies scolaires

 

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