Les raisons de la phobie amoureuse au masculin ?

 

-  Une  raison  nouvelle  pour  laquelle  les  hommes  ne  draguent  plus  ou  n’osent  plus  aborder      les   femmes       est    représentée       par   le   fait   que    beaucoup        d’hommes  s’investissent de plus en plus dans des carrières longues et compliquées et ont très  peur  de  s’engager  dans  une  situation  inconnue.  On  parlera  alors  d’une  véritable  logistique de l’amour où tout doit être calculé, précisé, réglementé, même le temps  des préliminaires, le flirt ou l’acte sexuel. Une fois qu’on aura fait l’amour et échangé  des messages par sms, on pourra peut-être alors décider de vivre ensemble. Finie la  spontanéité, finies les rencontres dans la rue, les bistrots, en boîte ou dans le métro.  Tout  est  actuellement  question  de  planification,  de  cocktail,  de  soirées,  peut-être  même   trop   éphémère,   trop   compliqué   et   sans   illusion.   Ce   qui   explique   un  phénomène tout à fait nouveau et inquiétant, le nombre phénoménal de célibataires et de gens qui vivent seuls. Je cite le cas d’un de mes jeunes patients, Olivier, qui  vient  me  consulter  pour  un  bilan  andrologique  de  routine  pour  s’assurer  que  ses  organes génitaux externes sont tout à fait normaux et qu’il est capable d’avoir des  relations  sexuelles  de  qualité.  En  reprenant  l’anamnèse,  je  me  rends  compte  qu’il  existe une certaine immaturité sexuelle et que, bien qu’il n’ait eu que de très rares  relations éphémères avec des femmes plus âgées que lui – après tout il n’a que 22  ans  -  Olivier  consulte  plutôt  pour  une  « prévention  de  la  sexualité ».  Ce  type  de  comportement est tout à fait nouveau, alors qu’il y a quelques temps, on ne consultait  le spécialiste que s’il y avait problème. Aujourd’hui, on veut une véritable rassurance,  que  tout  est  bien  en  place  et  parfait,  « au  cas  où  on  en  aurait  besoin ».  Cette  recherche de la programmation dans le relationnel ne viendrait-elle pas en vérité du  fait que l’homme serait un être relativement limité par ses propres conditionnements,  comme   préprogrammé,   inaccessible   et  fermé   à   toute   possibilité   de   rencontre  spontanée ?  Ce  que  l’on  aurait  envie  de  dire  aux  hommes  serait  de  se  rendre  beaucoup plus accessibles, sans intellectualiser la relation homme/femme humaine  et sexuelle. Savoir être à l’écoute spontanée, instantanée et au gré de ses désirs et  de   ses   sentiments.   Laisser   aller   sa   personne,   afin   de   faire   des   rencontres  intéressantes,  ce  qui  fait  le  piment  de  la  vie.  Et  ceci  commence  par  son  propre  entourage.  Même  s’il  y  a  des  choses  que  l’on  redoute  ou  que  l’on  n’a  pas  envie  d’entendre ou d’entreprendre, l’homme doit réaliser que la relation de couple est une  aventure  comme  la  vie  et  qu’elle  doit  être  vécue  et  non  pas  forcément  planifiée.  Selon une étude récente, 32 % des femmes déplorent qu’aujourd’hui les hommes ne sachent  plus  très  bien  comment  s’y  prendre  pour  séduire .  Ils  auraient  moins  de  certitude, moins d’assurance et s’attendent à ce que les femmes prennent l’initiative.  Il  est  intéressant  de  constater  que  souvent,  les  femmes  victimes  de  ces  hommes  ayant peur de s’engager se remettent elles-mêmes en question, pensant qu’elles ont                                                                                                                         2 mal agi ou dit quelque chose de blessant ou de déplacé, conduisant à la rupture  .  Pourtant,  beaucoup  de  femmes  lorsqu’elles  ont  décidé  de  se  stabiliser  savent  ce  qu’elles      veulent      et    aimeraient        entamer une relation durable et épanouie.  Malheureusement, elles n’identifient pas toujours qu’elles ont peut être à faire avec  un  phobique  de  l’engagement,  un  de  ces  hommes  très  compétent  dans  tous  les  domaines de sa vie professionnelle, manager à succès ou architecte de renom, mais  qui refuse de s’avouer vaincu par une femme en lui annonçant que c’est elle et pas  une autre. Dans leur ouvrage3, Steven Carter et Julia Sokol étudient ce phénomène  tout en mentionnant que la plupart des écrits l’ont été du côté féminin et que très peu  d’auteurs  ont essayé de comprendre pour quelle(s) raison(s), les hommes  ont une  telle anxiété face à une relation durable. Il est évident que le fond du problème ne  réside nullement dans des imperfections ou des failles dans la relation. Il faut bien  admettre que l’homme n’a pas peur de l’amour mais de ce que l’amour représente.

Les hommes savent très bien que même en cette époque de post-révolution sexuelle  les femmes ne  prennent jamais  la sexualité à la légère. Ils ne  peuvent nier  le fait,  même  s’il  est  (in)consciemment  refoulé,  que  la  femme  s’attend  tôt  ou  tard  à  une  certaine forme d’engagement de la part de son partenaire sexuel. Dans une société  qui  va  toujours  plus  vite  et  où  la  valeur  d’un  être  humain  se  mesure  plus  à  sa  capacité de production qu’à ce qu’il est ou à ce qu’il fait, une relation stable semble  illusoire. Le plaisir doit être immédiat et interchangeable et si possible libre de toute  contrainte. Même si l’homme dans sa relation amoureuse a toujours dissocié le sexe  de l’amour – à l’inverse des femmes – qui simulent  parfois le sexe pour obtenir de  l’amour,  de nos jours, le mot toujours rime avec terreur pour lui. Pourtant, pour la  femme,  la  partie  la  plus  pénible  de  l’expérience  est  de  constater  un  changement  dans le comportement de son partenaire.   -  C’est  « le  virage  à  180° »,  comme  le  décrit,  Marion,  29  ans  qui  me  contacte  effondrée  et  très  revendicatrice  en  raison  du  traitement  que  j’ai  prescrit  à  son  compagnon,  Vincent,  34  ans  avec  lequel  elle  vit  depuis  4  ans  et  qui  souffrait  de  prostatite et d’une perte de libido depuis quelques temps. Vincent se dit très satisfait  du traitement et décrit même une amélioration de sa vie sexuelle avec Marion. Puis,  brusquement, il change de comportement, devient agressif, irritable et commence à  mentir à Marion alors qu’il sort de plus en plus tard le soir. Finalement, il avoue avoir  rencontré  une  nouvelle  petite  copine « plus  sympa  et  pas  trop  compliquée,  qui  ne  pose pas de question, elle ! ». Je demande alors au couple, dont la relation bat de  l’aile, de venir pour une discussion. Il ressort que Vincent ayant commencé à avoir peur  d’une  relation  durable,  et  trop  envahissante  à  son  goût  a  préféré  chercher  ailleurs.  Dans  l’intervalle,  les  troubles  sexuels  et  les  symptômes  prostatiques,  ne  semblaient  qu’une  somatisation  de  plus  de  son  angoisse  de  l’engagement  ayant  conduit à un évitement dans sa relation avec Marion. Vincent va mieux, mais pour  combien  de  temps ?  Et  Marion  dans  tout  ça ?  Qui  pense  à  elle ?  Qui  pense  que  derrière un certain romantisme, propre à de nombreuses femmes, se cache au fond  un véritable besoin de pragmatisme et de réalisme propre à toutes les femmes ? Il  n’est pas certain qu’il y ait une solution tant que les hommes se comporteront comme  des enfants et les femmes se culpabiliseront. Et c’est souvent lorsque la cour a été  difficile et que la relation semble aller pour le mieux, que les phobiques prennent la  fuite ! Il est vrai que la phobie de l’engagement ne représente rien de nouveau. Les  risques  de  tomber  entre  les  mains  de  la  fée  qui  se transforme  en  femme  sorcière  représentent  toujours  une  réalité  pour  certains  hommes1.  De  nos  jours,  toutefois,  cette  véritable  endémie  que  représente  la  phobie  de  l’engagement  semble  bien  saper  les  relations  humaines  et  la  bonne  marche  du  noyau  familial  et  social.  Les  couples se font et se défont de plus en plus jeune, de plus en plus vite et jamais pour  très longtemps2,3. C’est comme si l’homme semblait vouloir faire payer à la femme sa  volonté de libéralisation sexuelle des années 70.

-  Il  semble  bien  dire :  « vous  avez  eu  votre  pilule,  vous  voulez  une  place  de  taille  dans tous les milieux professionnels, mais vous ne nous aurez pas ! ». L’excuse est  même déjà souvent toute prête : « désolé, chérie, mais tu ne corresponds pas à mon  idéal de femme ». Alors que bien souvent, l’homme n’a pas d’idéal féminin, même s’il  recherche dans chaque femme un peu de sa propre mère, l’homme recherche dans sa relation amoureuse l’amour de soi et pas forcément l’amour de l’autre . Il semble  également  que  la  phobie  de  l’engagement  ne  touche  pas  seulement  les  couples  vivant en concubinage à qui le mariage fait peur, mais également les couples mariés,  dont un événement peut faire basculer en très peu de temps, une relation pourtant  en apparence stable. Tel ce jeune couple d’américains, travaillant les deux à l’ONU  et menant une vie très satisfaisante à tout point de vue. Le mari, Derek, 32 ans est  adressé  par  son  médecin  traitant  en  urgence,  en  raison  d’une  dysfonction  érectile  brutale  et  totale.  L’urgence  est  il  est  vrai  entretenue  par  l’angoisse  du  patient  persuadé qu’il a perdu son érection pour toujours. Il s’avère que la femme de Derek  lui aurait susurré à l’oreille juste avant leurs ébats : « come on baby, I would like a  baby  from  you  and  just  now ».  Plus  que  l’angoisse  de  la  performance,  c’est  la  pression d’un nouvel événement dans ce couple qui a déstabilisé le mari alors qu’il  aurait  voulu  que  les  choses  se  passent  plus  naturellement.  Mais,  ces  troubles  érectiles  et  ces  manifestations  phobiques  ne  sont  pas  rares  chez  les  couples  infertiles,   dont   l’acte   sexuel   doit   obligatoirement   correspondre   à   un   acte   de  procréation.

 

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