L’homme a-t-il vraiment peur d’aimer ?

 

-  Il  semblerait  qu’au-delà  de  la  peur  de  s’engager,  c’est  bien  la  peur  d’aimer  qui  domine.  Souvent  ces  hommes  sont  même  inconscients  de  leur  peur  et  de  leur  incapacité à aimer. Or, comme nous l’avons cité plus haut, pour aimer il faut donner : de son temps, de son énergie, de soi  . Malheureusement, aujourd’hui nous sommes  tous des preneurs et nous plaignons en permanence de ne pas recevoir assez. En  sont pour preuve les manifestations de séduction à outrance de beaucoup d’hommes  alors qu’ils  savent  parfaitement  dès  le  départ  qu’ils  ne  cherchent  qu’une  rencontre  brève et purement sexuelle. Pourquoi rejeter l’objet de son amour et de ses désirs ?  La réponse ne peut se trouver que dans cette tendance, pulsion, presque animale de  l’homme  de conquérir mais de  garder sa capacité décisionnelle  et son pouvoir sur  l’objet  de  sa  conquête1.  Or,  les  humains  –  en  particulier  les  femmes  -  doivent  ou  devraient faire preuve de beaucoup plus d’indépendance et de méfiance face à ce  genre de comportement  . Le jeu de la séduction est ce qu’il est c’est-à-dire un jeu.  Pour obtenir d’un homme un semblant d’engagement, il faudrait manifester très tôt,  un  discours  franc  et  clair  quant  à  ses  intentions  à  long  terme  afin  d’éviter  tout  quiproquo  et  surtout  que  les  femmes  ne  se  culpabilisent  pas  de  ne  pas  en  faire  assez.

- Mon propos s’illustre par le cas de Martial, bel homme de 48 ans très indépendant  qui ne cesse de multiplier les rencontres avec des femmes toujours plus jeunes et  très séduisantes qu’il attire grâce ses charmes et à son goût de la vie. Tout se passe  très bien jusqu’au moment fatidique où le beau sexe lui demande plus de présence,  plus d’attention et pourquoi pas une vie commune ? C’est alors la panique, et Martial  me consulte régulièrement au  gré  de ses rencontres  pour une « prescription d’une  des fameuses pilules pour renforcer l’érection » dont il a besoin en raison de pannes  brèves, mais déconcertantes, survenant presque exclusivement après que la femme  lui  ait  manifesté  un  intérêt  autre   que  sexuel…  Puis,  il  retrouve  d’excellentes  érections, ne prend plus de médicament, jusqu’à la prochaine conquête. Sa dernière  rencontre a d’ailleurs failli très mal se terminer lorsque sa compagne lui dit avant de  tourner les talons : « la prochaine fois que je rencontre un mec comme toi, je ferais  tout aussi bien de lui demander rapidement si je suis un numéro ou un prénom dans  son tableau de chasse ! «   – Une question que nous sommes en droit de nous poser est de savoir si les hommes  sont  spontanément  réticents  à  la  relation  avec  le  sexe  opposé  ou,  si  la  quête  d’indépendance de la nouvelle génération de femmes du XX et XXIème siècle ont fait  que les hommes ont perdu leur moyen. Car, s’il est bien un phénomène que l’on ne  peut scotomiser est le changement radical de notre société par rapport à la place de  la  femme  d’une  part  et  à  la  liberté  sexuelle  qu’elle  désire  d’autre  part.  La  femme  moderne  fonde  bien  souvent  le  plaisir  en  droit  et  veut  se  donner  le  choix  du partenaire, du moment et de la manière. Tout ceci doit s’inscrire en outre dans une  optique de carrière professionnelle si possible gratifiante, de désir d’enfant après les  diplômes et de vie sociale comblée et épanouie. Il n’est pas étonnant que face à un  tel programme de vie beaucoup d’hommes décident alors de prendre la fuite, ou ne  décide  même  pas  d’essayer…  Pourtant,  pour  certains  le  constat  est  clair :  « les  hommes  sont  lâches »,  c’est  ce  qu’affirme  Gilles  d’Ambra  par  peur  de  s’engager  surtout. Nonobstant le fait que les hommes et les femmes sont différents et donc ont  des codes et des systèmes de décodage très différents par rapport aux événements  de la vie, beaucoup de petites lâchetés masculines viennent également du fait que  les hommes encaissent mal les remarques et ont beaucoup de peine à se remettre  en question. Ils veulent, de plus, toujours avoir la possibilité d’avoir le choix, que ce  soit  en  amour  ou  dans  la  vie.  Ils  se  protègent  également  et  ne  sont  pas  très  courageux. Pour reprendre les propos célèbres de Napoléon : « En amour, la seule  victoire est dans la fuite », ce qui résume bien la situation. L’homme pense qu’il n’a  pas besoin de beaucoup exprimer, que la femme va tout comprendre, qu’elle lit dans  ses  pensées,  ce  qui  est  faux.  Beaucoup  de  problèmes  de  couple  ou  relationnels  pourraient  être  évités  si  l’homme  prenait  la  peine  d’exprimer  ses  sentiments.  Toutefois, pour sa défense, même si pour certains l’homme est spontanément lâche, il existe  un certain nombre de phénomènes ou de comportements féminins qui peuvent concourir à  faire  fuir  un  homme.  Ceci  arrive  lorsque  l’homme  a  peur,  par  exemple,  d’une  femme  trop  envahissante, même si c’est tout à fait involontaire et inconscient de sa part

Tel est le cas de Martin, solide campagnard de 36 ans, marié à Jeanne depuis 8 ans,  et  qui  me  consulte  pour  une  dysfonction  érectile  d’apparition  brutale.  L’examen  clinique ne montre absolument aucune particularité, les examens de laboratoire non  plus.  A  l’anamnèse  et  à  l’histoire  du  couple,  nous  apprenons  que  Jeanne  a  soudainement et récemment émis le désir de quitter la campagne et à commencé à  prendre des cours de secrétariat. Elle est devenue beaucoup plus indépendante, très  libre,   commence        à   gagner     sa   vie   et   ne    trouve    plus    Martin    intéressant.  Inconsciemment, chaque fois qu’il l’approche, elle prend un air relativement distant et  évasif,  ce  qui  lui  coupe  tous  ses  moyens,  comme  nous  pouvons  nous  l’imaginer.  D’autre part, devenue indépendante et gagnant sa vie, cette femme devient, pour la  vie de Martin, tout à fait envahissante et peut-être même tyrannique.   -  L’autre  extrême  est  représentée  par  le  cas  de  Cécile  qui  vient  me  consulter  spontanément, pratiquement en pleurs, pour m’expliquer que, alors qu’elle a vécu les  débuts d’un mariage tout à fait heureux avec son mari, depuis quelques temps, ce  dernier n’a plus aucun désir pour elle. Cécile vient d’un milieu extrêmement favorisé,  protégé et elle a toujours eu l’habitude que l’on fasse tout pour elle. Son mari s’est  occupé d’elle très gentiment et affectueusement dès le début du mariage mais, avec  le temps, les enfants, tout gérer devient un deuxième boulot à plein temps pour lui et  il ne peut faire face à tous les fronts. Je lui explique alors que son manque de désir  n’est pas une absence de désir pour elle, mais une fatigue et une indisponibilité en  raison  d’une surcharge émotionnelle et  physique dans  un couple où il n’y a aucun  partage et toute la charge est pour lui.

-  Enfin,  beaucoup  d’hommes  ont  peur  lorsqu’ils  fréquentent  ou  vivent  avec  une  femme  excessive  qui  est, par  exemple, trop belle, trop exigeante, trop intelligente,  trop indépendante ou trop nymphomane. L’homme au fond est un grand enfant et a  besoin d’un équilibre que ne saura lui donner qu’une femme elle-même équilibrée,  tempérée.  En  effet,  la  perfection  n’existant  pas,  il  vaudrait  mieux  essayer,  au  lieu  d’essayer  de  la  feindre,  de  chercher  à  maîtriser  ses  propres  imperfections  et  de  développer  notre  volonté  d’accepter  la  différence  entre  homme  et  femme  et  la  tolérance.

 

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