Ce que pensent les femmes des dysfonctions érectiles et leurs traitements

Paradoxalement, lors du début de la prescription des inhibiteurs de la 5- phosphodiestérase, beaucoup de femmes étaient opposées à la prescription de ces  médicaments  chez  leur  mari  ou  leur  partenaire.  On  peut  arguer  qu’il  s’agisse  de  femmes post-ménopausées qui n’avaient plus trop envie d’avoir des rapports sexuels  ou  de  femmes  qui  n’étaient  pas  trop  portées  sur  le  sexe.  Toutefois,  force  est  de  constater  que  la  femme  a  beaucoup  de  peine  et  de  difficulté  à  accepter  que  la  dysfonction érectile chez l’homme ne soit pas liée à sa capacité de séduction. Hormis  les  consultations  (de  plus  en  plus  fréquents)  de  jeunes  gens  déboussolés  et  inexpérimentés  par  l’approche  de  la  sexualité  et  surtout  d’une  femme  plus  libre  et  libérée,  un  phénomène  très  intéressant  est  représenté  par  le  fait  que  l’homme  découvre  souvent  qu’il  a  de  meilleures  érections  avec  une  autre  femme  que  celle  qu’il aime ! La femme n’apprécie pas et cela se comprend. Pourtant, au lieu de venir  en  parler,  beaucoup  de  femmes  considèrent  que  le  dysfonctionnement  érectile  de  leur homme est lié à un dysfonctionnement de la libido avec une incapacité à aimer.

En pratique urologique, seuls 25% des hommes sont accompagnés de leur femme ou partenaire  . C’est déjà beaucoup me direz-vous. En effet, ce sont bien souvent les  femmes  qui  lisent  les  livres,  écoutent  les  émissions  et  répercutent  les  possibilités  offertes par la prise en charge des incapacités masculines. Toutefois, lorsqu’il s’agit  de prescrire un médicament pour aider le patient à regagner son érection, beaucoup  de   femmes   ont   peur,   d’une   part   en   raison   des   possibles   effets   secondaires  notamment sur le système cardio-vasculaire, et d’autre part, elles sont réticentes au  fait qu’un homme doive prendre une pilule pour la désirer à nouveau. Ce phénomène  est très joliment illustré dans le film de Claude Berri « La débandade » où l’on voit  une  femme,  magnifiquement  interprétée  par  Fanny  Ardant,  qui  est  tout  à  fait  effarouchée par le fait qu’elle doive se soumettre  « aux expériences » de son mari  utilisant  les  injections  intracaverneuses  ou  même  la  prise  d’un  comprimé  pour regagner   son   érection .   La   femme   est   bien   souvent   inconsciente   de   l’aide  phénoménale  qu’elle  peut  et  qu’elle  doit  apporter  au  patient  afin  de  regagner  confiance en lui en-dehors du fait qu’il doit regagner des érections de qualité quelle que soit la méthode ou le traitement utilisé.

Le handicap masculin est alors aujourd’hui révélé et bien souvent condamné. Il y a  essentiellement deux raisons qui font que les femmes sont réticentes à la prise d’un  traitement pour regagner l’érection : la peur des complications surtout cardiaques et  le manque de spontanéité du phénomène érectile lié à un traitement et non plus au  désir suscité. Pour répondre à ces angoisses, il faudra expliquer au patient et à son  épouse  ou  compagne,  si  on  arrive  à  la  faire  venir  à  la  consultation,  que  les  médicaments  permettant  de  regagner  la  fonction  érectile  ne  sont  absolument  pas  dangereux  pour  le  cœur  ou  pour  le  corps  à  condition  que  l’on  ait  respecté  les  recommandations  d’emploi  et  les  contre-indications,  y  compris  les  interactions  médicamenteuses  surtout  chez  les  patients  cardiaques  ou  hypertendus.  Je  me  rappelle  toujours  du  cas  de  ce  couple  d’âge  moyen  venu  consulter  pour  un  dysfonctionnement  chez  monsieur  en  même  temps  qu’un  problème  de  prostate.  Lorsque j’ai proposé un médicament pour la prostate accompagné d’un médicament  pour les érections, la femme me dit d’un air tout à fait sérieux et presque autoritaire :  «  j’espère, Docteur, que vous n’allez pas lui prescrire du Viagra, . Maintenant que j’ai  la  ménopause,  je  peux  être  un  petit  peu  tranquille ! » Ce  cas  assez  typique  est  contrebalancé par beaucoup d’autres situations moins cocasses où la femme ne veut  pas la pilule  pour l’homme parce  qu’elle a l’impression qu’elle n’est plus désirable.  Dans d’autres situations, c’est l’homme qui veut la pilule parce qu’il ne veut plus la  femme  qui  est  avec  lui  et  veut  aller  trouver  d’autres  femmes.  Chacun  doit  alors  s’interroger sur la banalisation du sexe présenté comme une activité ludique, traité  comme un adjuvant et non pas comme partie prenante de la relation amoureuse.

Bien  souvent  on  entend  dire  que  les  médicaments  permettant  de  regagner  l’érection   sont   des   substitutifs   ludiques   des   pilules   de   l’amour.   Il   s’agit   bien  évidemment de traitement permettant de retrouver une érection de qualité chez un  homme déjà diminué et anxieux. Cette connotation et ces préjugés sont à l’origine  d’un  problème,  non  seulement  en  Suisse  mais  dans  d’autres  pays  en  Europe,  de  difficultés rencontrés dans le remboursement de ces médicaments qui ne sont pas  encore  pris  suffisamment  au  sérieux  alors  que  le  problème  du  dysfonctionnement  érectile et du dysfonctionnement sexuel est un véritable problème pour l’homme qui  souffre. Car derrière chaque homme qui vient consulter, il existe une souffrance d’un  humain,  d’un  couple  et  une  histoire  qui  se  brise,  parfois.  Malheureusement,  les  patients tardent à consulter et au moment où l’on voit ces couples où même lorsque  l’on arrive à redonner une érection, le fossé affectif et émotionnel s’est déjà creusé.  Même si la femme bien souvent n’apprécie pas l’intrusion du médical et du comprimé  dans     son    intimité,   elle   doit   comprendre        que    pour    un    homme       dont    le  dysfonctionnement   est   pour   la   plupart   du   temps   un   problème   organique,   le  médicament  et  le  bilan  médical  sont  indispensables.  J’en  veux  pour  preuve  des  situations, comme après une chirurgie pour cancer  de la prostate ou une chirurgie  pelvienne  dans  laquelle  sans  aide  médicamenteuse  ou  mécanique,  l’érection  est  impossible  en  raison  des  lésions  nerveuses  et  vasculaires  occasionnées  par  la  chirurgie. Les femmes se font difficilement à l’idée de ne pas provoquer l’érection de  leur homme et la dichotomie sexe-amour ne se décline plus de la même façon. Le  pouvoir de séduction doit nécessairement aboutir à une érection. On assiste alors à une  certaine  collusion  entre  la  crainte  masculine  de  déchoir  en  montrant  qu’on  a  besoin d’une aide et le veto féminin qui ne veut pas d’aide ou d’associé à provoquer                                                                       1 la réaction sexuelle adéquate de son partenaire . Il est intéressant de noter que la  possibilité  aujourd’hui  quasi  « absolue »  que  nous  avons  de  traiter  l’impuissance  masculine agit comme un révélateur de l’ensemble des problèmes de sexualité.   -  Bien  que  ce  chapitre  soit  consacré  aux  médicaments  par  voie  orale,  il  existe  d’autres      traitements       à    disposition       que     nous     avons      brièvement         mentionnés,  notamment les injections de substances vaso-actives ou les prothèses ou implants  péniens. Toutefois, la pilule est bien souvent préférée aux injections car elle est plus  proche  de  la physiologie, elle  nécessite le  désir et l’érection ainsi améliorée cesse  avec  l’éjaculation  contrairement  à  ce  qui  se  passe  avec  l’injection  de  substances  vaso-actives ou avec la prothèse. En outre, certains médicaments à durée d’action  beaucoup  plus  longue  comme  le  tadalafil  (Cialis®)  permettent  de  ne  plus  devoir  reprogrammer   en   quelque   sorte   l’acte   sexuel   puisque   la   durée   d’action   du  médicament  permet  lors  de  la  prise  d’une  à  deux  pilules  par  semaine  d’avoir  des  érections  pratiquement  à  la  demande  et  des  rapports  sexuels  spontanés.  Cette  liberté permet de retrouver une certaine harmonie dans le jeu amoureux et dans les  préliminaires2. Il n’y a pas de doute que cela permettra également à la femme de ne  plus voir la pilule comme un intrus.

Il m’est même arrivé certaines fois afin de court-circuiter ce genre de situation de  conseiller à un homme de ne surtout pas révéler à son épouse ou sa compagne qu’il  prenait  une  aide  à  l’érection  surtout  au  début  du  traitement  afin  d’éviter  le  regard  parfois  culpabilisateur  et  « castrateur »  de  la  femme.  Une  fois  que  les  rapports  (sexuels et affectifs) sont repris de manière tout à fait satisfaisants et harmonieux, le  patient alors mis en confiance pourra révéler à sa compagne qu’il a reçu une petite  aide du médecin et que les choses sont rentrées dans l’ordre. La démarche la plus  difficile pourtant reste celle de ceux qui ont initié une relation grâce à un traitement  sans l’avoir révélé et qui n’arrive toujours pas à le révéler à leur partenaire. Il s’agit  parfois en quelque sorte d’un cercle vicieux puisqu’on n’ose pas dire à sa partenaire  que l’érection est revenue à la normale grâce à un médicament sous peine de voir se  briser la relation de confiance (parfois bien fragile) qui s’est réinstaurée. Pourtant la  découverte  d’une  sorte  de  maîtrise  technique  de  la  reprise  d’une  érection  offre  à  l’homme la possibilité de s’affirmer en tant qu’homme et de redonner du plaisir à sa  partenaire.

 

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