La dysfonction érectile, causes et répercussions sur la psyché masculine.

- Même si la dysfonction érectile devient un véritable thème de discussion, elle reste un sujet tabou pour de nombreux hommes et parfois même pour le corps médical. Nous pouvons considérer qu’en Suisse environ 400’000 personnes sont concernées par le problème pourtant seulement 40’000 d’entre elles vont consulter. Beaucoup de patients  se  cantonnent  encore  à  des  forums  sur  internet,  l’obstacle  psychologique restant  de  taille  alors  qu’aujourd’hui  la  consultation  devrait  permettre  d’ouvrir  le dialogue et de proposer après un bilan médical complet, un traitement efficace.

La prévalence  totale  de  la  dysfonction  érectile  est  de  20  %  avec  une  proportion augmentant fortement avec l’âge. En  effet, environ  10 % des hommes  de 40 à 50 ans sont concernés et 20 % des hommes de 50 à 60 ans.

Les statistiques pour 2025 parlent  de  325  millions  de  personnes  dans  le  monde touchées  par  la  dysfonction érectile.

La définition de l’OMS de « dysfonction érectile » est le terme clinique retenu pour décrire l’incapacité à maintenir ou à obtenir une érection pénienne suffisamment rigide pour permettre des relations sexuelles satisfaisantes et ce depuis au minimum 6 mois.

-  Causes des dysfonctions érectiles : Pendant  longtemps,  tout  le  monde  pensait  que  tout  se  passait  dans  la  tête. En effet,  Hippocrate  ne  disait-il  pas  que  la  femme  était  l’origine  de  l’impuissance masculine.   Aujourd’hui, nous pouvons considérer que 70 à 80 %  des dysfonctionnements sont mixtes  avec  une  large  part  attribuée  aux  problèmes  organiques  tels  que  tous  les facteurs de risque cardio-vasculaires  comme l’obésité, le tabagisme, l’hypercholestérolémie, le diabète, qui sont de   véritables   tueurs   silencieux   de l’érection  en  détruisant  la  fonction  oxydative  de  la  cellule  endothéliale  du  corps caverneux.  Bien  évidemment,  à  partir  d’un  certain  âge,  le  vieillissement  du  corps caverneux  et  la  diminution  de  la  production  de  l’oxyde  nitrique  qui  est  le  neuro-modulateur principal du phénomène de l’érection va jouer un rôle prépondérant dans le dysfonctionnement. Chez le patient plus jeune, il s’agira plutôt d’une angoisse de l’échec, d’une volonté de performance, d’une immaturité sexuelle ou d’une sexualité fragile.  Hormis  le  fait  de  représenter  un  véritable  baromètre  de  l’état  de  santé  du patient,  la  fonction  érectile  a  une  immense  importance  pour  l’homme  et  tout phénomène  de  dysfonction  aura  un  impact  catastrophique  non  seulement  sur  le physique,  mais  psychologiquement.  On  en  veut  pour  preuve  le  fait  que  dans  la plupart  des  dysfonctionnements  alors  qu’il  s’agit  d’un  problème  organique  voire mixte, c’est bien souvent le phénomène psychologique qui est au premier plan et qui empêche le patient  de consulter. Il s’agirait peut-être  du fait que  l’homme  a  moins confiance que la femme dans les ressources de la vie et qu’il se sent moins fort et moins prêt à parler de ses problèmes ou de ses difficultés. Même si le terme retenu est  celui   de   dysfonctionnement   érectile   et   de   dysfonctionnement   sexuel   chez l’homme,  un homme atteint d’une difficulté  érectile se    sent véritablement « impuissant », non seulement dans sa fonction mécanique, mais dans sa capacité à rendre l’autre et surtout la femme heureuse.

-  La  peur  de  l’échec  semble  être  au  centre  des  problèmes  sexuels  masculins  en altérant la vie sexuelle de nombreux couples. Bien que le phénomène de l’érection soit  pratiquement  décérébré  avec  une  réaction  mécanique  chez  le  sujet  jeune pratiquement  immédiate  à  une  stimulation  ou  à  un  fantasme,  le  cerveau  joue  un véritable  rôle  puisque  tout  blocage psychologique  peut détruire  la  fonction  érectile.  Nous comprenons  aisément  qu’une  dysfonction  érectile joue  un rôle  sur la  psyché masculine  et  qu’inversement  la  psyché  influe  négativement  ou  positivement  sur  la capacité  à  maintenir  une  érection  ou  pas.  Ce  qui  complique  considérablement  la sexualité humaine et bien souvent le regard sur soi et le regard de l’autre. L’homme, en tout état de cause, se construit en permanence sous le regard des femmes et une sexualité harmonieuse est bien souvent le ciment indispensable du couple. De plus, l’échec d’un médicament ou d’un traitement réputé efficace renvoie le malade à sa solitude  et  prélude  souvent  à  l’abandon  de  toute  thérapeutique  par  perte  de confiance.  Bien  évidemment,  le  cerveau  sous  l’impulsion  du  regard  de  l’autre fabrique les craintes, les fantasmes et autres phobies qui l’assaillent dès que le sexe  est mis en avant si on ose dire. La panne érectile est révélatrice de la manière dont le propriétaire de l’outil « pénis » vit le rapport à son corps d’une part et le rapport à l’autre  d’autre  part. Il  suffit parfois  d’un  seul  échec  pour déclencher un  processus d’évitement qui peut durer des dizaines d’années.

- Petit pénis : A ce propos, il est un problème particulier qu’il faut mentionner : « le syndrome du  petit  pénis »  qui  hante  beaucoup  d’hommes  et  qui  motive  des  consultations  avec  parfois  des  attentes  « démesurées »,  c’est  le  cas  de  le  dire.  José,  par  exemple,  patient de 46 ans, marié depuis 18 ans à une femme qu’il aime, et avec qui il a eu 2  enfants.   Il   vient   me   consulter   pour   un   agrandissement   pénien.   Le   motif   de  consultation  n’est  pas  apparent  mais  ressort  après  environ  45  minutes  d’entretien,  alors  que  le  patient  me  dit  avoir  été  traité  par  un  antidépresseur  prescrit  par  son  médecin de famille en raison d’une diminution de la libido associée à une fatigue et  des troubles du sommeil. Le patient m’avoue que son épouse veut le quitter, qu’elle  entretenait  une  relation  extraconjugale  depuis  2  ans  sans  qu’il  soit  au  courant  et  qu’au fond, le responsable serait son petit pénis,  qui ne l’aurait à ses dires jamais  vraiment  satisfaite.  Après  un  examen  complet,  permettant  de  mesurer  la  taille  du  pénis et rassurant le patient sur la « norme » pour son âge (tabelles à l’appui), une  sexothérapie  d’appoint  permettra  de  « redimensionner »  les  attentes  du  patient.  Et  puisque nous parlons taille, alors parlons-en : le vagin de la femme mesure quinze  centimètres  en  moyenne,  donc  l’intérêt  d’avoir  un  sexe  plus  long  est  inexistant,  puisqu’aucune  femme  ne  peut  être  pénétrée  « totalement »,  la  taille  moyenne  du  pénis  en  érection  se  situant  entre  10  et  12  cm.  Pourtant,  beaucoup  d’hommes  (et  certaines  femmes  aussi  d’ailleurs)  sont  persuadés  que  la  taille  de  leur  sexe  est  proportionnelle à la jouissance que la femme éprouvera. En effet, les hommes sont  tellement focalisés sur leur pénis depuis leur plus tendre enfance que bien souvent  ils oublient (volontairement ?) que la sexualité ne se résume pas à leur propre sexe.

Leur  sexe  étant  le  symbole  de  leur  virilité,  ils  le  connaissent,  le  mesurent,  le  comparent, en parlent et certains même « lui » parlent ! Le syndrome du petit pénis a  été  utilisé  par  la  femme  de  José  comme  excuse  afin  de  pouvoir  le  quitter  plus  facilement.

- Allongement du pénis par intervention chirurgicale : Les situations cliniques nécessitant une intervention chirurgicale  d’allongement  pénien  sont  en  fait  relativement  rares.  Il  s’agira  par  exemple  de  situations congénitales de cas de verge enfouie ou de troubles enzymatiques avec  absence de développement des organes génitaux externes. Parfois, dans certaines  situations d’hypertrophie pubienne, une réduction de graisse peut être accompagnée  d’une  section  du  ligament  suspenseur  de  la  verge  avec  un  gonflement  du  pénis.  Toutefois,  il  faut  bien  se  rendre  compte  que  ces  situations  sont  rares,  et  que  la  chirurgie  ne  règle  pas  tout.  Il  sera  capital  lors  de  la  consultation  et  des  conseils  prodigués  au  patient,  que  le  clinicien  soit  sans  équivoque :  il  ne  faut  surtout  pas  laisser croire au patient  que le plaisir est directement fonctionnel de la taille de l’outil  pénien. Nul doute que le syndrome du petit pénis des hommes et celui du manque  de  poitrine  des  femmes  obéit  au  même  principe  archaïque,  à  la  même  crainte  de  montrer à l’autre un organe invalide ou insuffisamment développé pour séduire.

-  On  cherche  à  être  plus  viril,  à  paraître  plus  attirant,  pour  pouvoir  séduire  plus  facilement. Malheureusement, force est de reconnaître que pour l’instant les résultats  des interventions proposées (non dénuées de tout risque de complication) ne sont  pas toujours à la  hauteur des fantasmes. Sans oublier le fait que lorsque l’homme  maîtrise  parfaitement  cette  partie  de  son  anatomie,  il  a  le  sentiment  qu’elle  est  la  seule source de son plaisir à tel point qu’il en oublie parfois sa partenaire…

 

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