Désir, excitation sexuelle, orgasme, plaisir et libido

 

Le désir est bien souvent lié au plaisir, mais pas uniquement et pas toujours. Pour certains ils sont indissociables  . Il est vrai que chacun de nous pressent intuitivement  qu’un  désir  très  fort  déclenchera  invariablement  du  plaisir.  L’humain  recherche  le  plaisir  avant  de  désirer.  Le  plaisir  serait  soit  physique  soit  émotionnel.  Hormis  les  nombreux plaisirs que peut nous offrir la vie, le plaisir physique dans l’acte sexuel est  lié essentiellement à la capacité d’augmenter et de faire durer son excitation sexuelle  ainsi  que  d’utiliser  cette  excitation  sexuelle  afin  d’aboutir  à  un  plaisir  sexuel.  La  capacité d’augmenter et de faire durer l’excitation sexuelle permet de parvenir à une  décharge éjaculatoire pour l’homme et à une vague de spasmes chez la femme. Il  s’agit  de  réflexes  orgastiques.  « Le  lâcher-prise  musculaire  final  qui  accompagne  fournit  une  sensation  de  plaisir  physique  appelée  « orgaste ».  La  sensation  de  volupté  qui,  au  fur  et  à  mesure  que  le  corps  se  met  en  branle,  se  transforme  en  jouissance et qui correspond à un véritable plaisir final dans un abandon émotionnel total est appelé « orgasme » .

Hors, l’expérience prouve qu’il existe parfois des hommes et des femmes qui brûlent  d’un désir ardent et qui n’atteignent que très rarement l’orgasme. En outre, orgasme  et plaisir ne sont pas systématiquement liés. Comme le précise F. Parpaix, orgaste et  orgasme qui constituent deux constituants du plaisir, sont souvent confondus à tort.  Ainsi,   il   peut   y   avoir   authentique   excitation   sexuelle   comprenant   éjaculation,  spasmes…  sans  qu’il  y  ait  plaisir  émotionnel  pour  de  nombreuses  raisons  qui  peuvent être sentiment de peur, de culpabilité… Inversément, une émotion sexuelle  très   démonstrative   ne   signifie   pas   forcément   qu’il   y   a  eu   excitation   sexuelle  authentique.  La  décharge  sexuelle  ne  signifie  donc  pas  obligatoirement  orgasme.  Comme le souligne F. Parpaix (p. 144), il y a une grande confusion entre amour et  excitation  sexuelle ;  plaisir  physique  et  plaisir  émotionnel.  Selon  F.  Parpaix,  « Le  plaisir  sexuel  reste  donc  une  perception  agréable  alliant  une  excitation  sexuelle  (vasocongestion et lubrification) et un sentiment de jouissance pendant la montée et  l’explosion de l’excitation ». On peut se demander si l’incapacité à prendre du plaisir sexuellement ne vient pas d’une certaine incapacité à prendre du plaisir tout court  .  Les interdits sont effet nombreux et de tous ordres (religieux, éducatif, culturel). Les  pires  sont  bien  ceux  que  l’on  construit  soi-même.  Apprendre  ou  réapprendre  à  écouter ses sensations internes au quotidien ne peut être que bénéfique permettant  de  savourer  un  bon  plat,  un  vin,  une  odeur  ou  un  paysage,  afin  d’apprendre  à  se  laisser également à s’octroyer du plaisir sexuel.

Pourtant  comme  le  précise  F.  Parpaix «  apprendre  à  se  faire  plaisir  dans  la  vie,  comme dans la sexualité, n’est pas la chose la mieux partagée du monde «. Dans le  déclenchement et l’obtention au plaisir sexuel la masturbation occupe pour l’homme  comme pour la femme d’ailleurs une place à part. En dehors des mystères, interdits,  silences, gênes et à priori négatifs, la masturbation est pour beaucoup un plaisir et  un  besoin  nécessaire,  fort  heureusement.  Pourtant,  c’est  un  plaisir  très  particulier,  presque limité, car l’imaginaire érotique est très pauvre, sous forme le plus souvent  de flashs et qui aboutit plutôt à une décharge de la tension sexuelle.    – Nous avons pourtant, pour la plupart d’entre-nous, une haute idée de l’amour que  nous  espérons  ou  attendons  de  l’autre.  Le  plaisir  serait  meilleur  quand  on  aime,  dirait-on. Chez l’homme, le plaisir sexuel ne se réduit pas à l’orgasme. En effet, bien  souvent, lorsque l’on demande à un homme à quel moment il ressent le plus grand  plaisir sexuel, il répond qu’il s’agit du moment où il obtient une érection de qualité et  qu’il  peut  la  maintenir,  indépendamment  du  rapport  sexuel !  Pour  l’homme,  la  sexualité est bien souvent ramenée – parfois même exclusivement – à l’outil pénien.  Ces quelques grammes de chair semblent peser lourd dans l’estime de soi. Depuis la  nuit  des  temps,  il  est  vrai,  le  pénis  a  permis  de  valoriser,  identifier  et  même  de  façonner  la  nature  de  son  propriétaire.  C’est  que  depuis  l’Antiquité,  le  pénis  a  été  érigé,  si  l’on  peut  dire,  en  tant  que  symbole  de  la  vie,  de  la  puissance  et  de  la  jouissance.

La capacité de s’observer en érection ou ce que l’on appelle parfois « le mythe du  phallus »,   est   un   phénomène   d’autant   plus   important   qu’il   dénote   une   crise  existentielle en cas d’absence d’érection spontanée. Ainsi, certains hommes viennent  trouver  parfois  le  spécialiste  pour  la  prescription  de  médicaments  renforçant  la  fonction  érectile,  non  pas  pour  avoir  des  rapports  sexuels,  mais  plutôt  afin  de  constater  de  nouveau  le  plaisir  de  s’observer  en  érection  et  ainsi  de  se  rassurer  quant à leur essence d’homme. Pour les femmes, c’est différent car leur plaisir est  bien souvent multiple. A ce propos, une revue récente des études de prévalence des  dysfonctions   sexuelles   féminines   montre   que   35%   des   femmes   souffrent   de problèmes d’orgasme .   -  Pourtant,  pour  l’homme,  le  plaisir  en  tant  que  reflexe  n’est  pas  forcément  lié  à  l’amour. A ce propos je cite le cas d’un jeune patient, Frédéric, consultant pour une  baisse de libido et une absence d’orgasme d’apparition assez brutale à la suite du  départ de son amie après 6 ans de vie commune avec  une entente parfaite sur le  plan relationnel et sexuel. L’annonce du départ a eu lieu alors que le couple était sur  le  point  de  concrétiser  leur  union  par  un  mariage.  Frédéric  n’a  pas  consulté  immédiatement. Il s’est bien rendu compte qu’il y avait un problème psychologique  évident.

Les  érections  nocturnes  et  matinales  étaient  préservées  et,  bien  qu’il  ait  eu  des  relations  épisodiques  avec  d’autres  femmes  dans  les  6  mois  qui  ont  suivi  la  séparation, il n’a jamais réussi à atteindre l’orgasme. Comme il le dit très  bien lui- même,  « j’ai   l’impression   de   m’être   anesthésié   quand   elle   m’a   quitté ».   Une  psychothérapie l’aidera toutefois par la suite à réaliser qu’au départ de son amie, il a  refusé  tout  sentiment,  toute  sensation, sans  doute  par  peur  de souffrir  à  nouveau.  Après  un  bilan  médical  et  biologique  complet  qui  a  permis  d’exclure  un  problème  organique,  métabolique  ou  hormonal,  c’est  la  psychothérapie,  puis  la  sexothérapie  qui  ont  permis  de  débloquer  Frédéric.  Ce  cas  illustre  parfaitement  la  situation  du  patient  qui  réalise  que  parfois,  l’organe  sexuel  par  excellence  n’est  pas  forcément  l’organe  génital,  mais  le  cerveau  qui,  déconnecté  de  sa  fonction  de  plaisir  ou  de  désir,  se  trouve  comme  « castré ».  Et  le  patient  de  remarquer  lui-même :  « le  cerveau  est  bien  le  principal  organe  du  plaisir,  bien  plus  que  les  zones  érogènes  physiques ». Il semble bien que pour jouir il faut une mécanique qui fonctionne et un  cerveau  qui  suit.  Pour  aimer,  il  faut  surtout  un  cerveau.  S’il  existe  parfois  une  différence d’intégration au niveau cérébral concernant l’aspect fantasmagorique des  orgasmes  chez  l’homme  et  chez  la  femme,  sur  le  plan  physique  la  traduction  du  plaisir   est   assez   semblable.   Il   s’agit   d’une   série   de   contractions   rythmiques  involontaires  des muscles de la zone sexuelle. Toutefois, cette réalité  physique ne  rend  pas  compte  de  l’expérience  émotionnelle  qui  l’accompagne  et  qui  peut  être  variable d’un individu à l’autre. L’essentiel de l’orgasme n’est donc pas physique.

Comme le décrivent les neurobiologistes , au moment de l’orgasme, une hormone,  l’ocytocine, est déversée dans la circulation. Sa durée de vie est de 2 à 3 minutes  seulement. Elle accompagne le reflexe  orgasmique et a d’autres fonctions.  Hormis  son  utilité  lors  des  contractions  de  l’accouchement  ou  de  l’allaitement,  elle  a  essentiellement une action sur deux groupes musculaires, ceux de l’utérus et de la  zone génitale. Il est intéressant de noter qu’une même hormone peut ainsi participer  tant  aux  mécanismes  liés  à  la  douleur  qu’à  ceux  liés  au  plaisir.  Douleur  et  plaisir  n’étant peut-être pas si éloignés que l’on imagine. L’ocytocine participe également à  l’orgasme  masculin.  En  outre,  un  des  éléments  indispensables  au  réflexe  de  contraction   musculaire   rythmique   et   tonique   caractéristique   de   l’orgasme   est  constitué  par  l’important  et  complexe  groupe  musculaire  du  périnée,  soutenant  les  organes  du  petit  bassin.  Chez  l’homme,  on  a  remarqué  depuis  longtemps  qu’un  périnée faible entrainait une impossibilité de contrôle de l’éjaculation et parfois une  éjaculation précoce. Nous en reparlerons.   – Prendre du plaisir est une chose, savoir en donner, une autre. Car tout le monde  s’accorde  sur  le  fait  que,  faire  l’amour,  ce  n’est  pas  seulement  prendre  du  plaisir,  mais  aussi et peut-être surtout, savoir en donner. Bien souvent, la jouissance s’en  trouve d’ailleurs décuplée par le plaisir de l’autre.

Savoir donner du plaisir, c’est tout d’abord savoir donner et apprendre à partager la  relation. Il s’agit là très probablement du point crucial et le plus difficile à gérer dans  la relation de couple. A partir du moment où un homme ou une femme sait donner,  il/elle a acquit ou atteint une certaine maturité qui lui permet d’avancer sereinement  dans sa relation. Cela sous-entend bien évidemment que l’autre sache recevoir, sans  orgueil ni fausse modestie. Une question qui revient parfois lors de la consultation est  de savoir si l’idéal est d’obtenir la jouissance simultanée. Il m’est arrivé certaines fois  de  recevoir  en  consultation  l’un  ou  l’autre  patient  consultant  pour  « dysfonction  érectile » en raison de l’impossibilité d’obtenir un orgasme simultanément avec leur  partenaire.  Pour  beaucoup,  l’orgasme  simultané  reste  encore  un  idéal  à  atteindre  pour le couple. En effet, il s’agirait même d’une attente toujours très répandue (36%  dans une enquête menée sur la population française en 2004) mais d’avantage chez  les hommes (42%) que chez les femmes (30%) qui sont peut-être plus réalistes que  leurs partenaires1,2. Pourtant, de nombreux sexologues critiquent cette recherche de  plaisir  au  même  moment.  Il  est,  d’une  part  extrêmement  difficile  de  déclencher  un  orgasme à un instant prévu. En outre, il est plus simple de « profiter » du plaisir de  l’autre  quand  on  est  soi-même  dans  un  état  de  post-orgasme  ou  relâché.  On  est  donc beaucoup plus attentif au plaisir de l’autre et plus ouvert à la stimulation.

 

Les commentaires sont fermés.