Les raisons de la phobie amoureuse au masculin ?

 

-  Une  raison  nouvelle  pour  laquelle  les  hommes  ne  draguent  plus  ou  n’osent  plus  aborder      les   femmes       est    représentée       par   le   fait   que    beaucoup        d’hommes  s’investissent de plus en plus dans des carrières longues et compliquées et ont très  peur  de  s’engager  dans  une  situation  inconnue.  On  parlera  alors  d’une  véritable  logistique de l’amour où tout doit être calculé, précisé, réglementé, même le temps  des préliminaires, le flirt ou l’acte sexuel. Une fois qu’on aura fait l’amour et échangé  des messages par sms, on pourra peut-être alors décider de vivre ensemble. Finie la  spontanéité, finies les rencontres dans la rue, les bistrots, en boîte ou dans le métro.  Tout  est  actuellement  question  de  planification,  de  cocktail,  de  soirées,  peut-être  même   trop   éphémère,   trop   compliqué   et   sans   illusion.   Ce   qui   explique   un  phénomène tout à fait nouveau et inquiétant, le nombre phénoménal de célibataires et de gens qui vivent seuls. Je cite le cas d’un de mes jeunes patients, Olivier, qui  vient  me  consulter  pour  un  bilan  andrologique  de  routine  pour  s’assurer  que  ses  organes génitaux externes sont tout à fait normaux et qu’il est capable d’avoir des  relations  sexuelles  de  qualité.  En  reprenant  l’anamnèse,  je  me  rends  compte  qu’il  existe une certaine immaturité sexuelle et que, bien qu’il n’ait eu que de très rares  relations éphémères avec des femmes plus âgées que lui – après tout il n’a que 22  ans  -  Olivier  consulte  plutôt  pour  une  « prévention  de  la  sexualité ».  Ce  type  de  comportement est tout à fait nouveau, alors qu’il y a quelques temps, on ne consultait  le spécialiste que s’il y avait problème. Aujourd’hui, on veut une véritable rassurance,  que  tout  est  bien  en  place  et  parfait,  « au  cas  où  on  en  aurait  besoin ».  Cette  recherche de la programmation dans le relationnel ne viendrait-elle pas en vérité du  fait que l’homme serait un être relativement limité par ses propres conditionnements,  comme   préprogrammé,   inaccessible   et  fermé   à   toute   possibilité   de   rencontre  spontanée ?  Ce  que  l’on  aurait  envie  de  dire  aux  hommes  serait  de  se  rendre  beaucoup plus accessibles, sans intellectualiser la relation homme/femme humaine  et sexuelle. Savoir être à l’écoute spontanée, instantanée et au gré de ses désirs et  de   ses   sentiments.   Laisser   aller   sa   personne,   afin   de   faire   des   rencontres  intéressantes,  ce  qui  fait  le  piment  de  la  vie.  Et  ceci  commence  par  son  propre  entourage.  Même  s’il  y  a  des  choses  que  l’on  redoute  ou  que  l’on  n’a  pas  envie  d’entendre ou d’entreprendre, l’homme doit réaliser que la relation de couple est une  aventure  comme  la  vie  et  qu’elle  doit  être  vécue  et  non  pas  forcément  planifiée.  Selon une étude récente, 32 % des femmes déplorent qu’aujourd’hui les hommes ne sachent  plus  très  bien  comment  s’y  prendre  pour  séduire .  Ils  auraient  moins  de  certitude, moins d’assurance et s’attendent à ce que les femmes prennent l’initiative.  Il  est  intéressant  de  constater  que  souvent,  les  femmes  victimes  de  ces  hommes  ayant peur de s’engager se remettent elles-mêmes en question, pensant qu’elles ont                                                                                                                         2 mal agi ou dit quelque chose de blessant ou de déplacé, conduisant à la rupture  .  Pourtant,  beaucoup  de  femmes  lorsqu’elles  ont  décidé  de  se  stabiliser  savent  ce  qu’elles      veulent      et    aimeraient        entamer une relation durable et épanouie.  Malheureusement, elles n’identifient pas toujours qu’elles ont peut être à faire avec  un  phobique  de  l’engagement,  un  de  ces  hommes  très  compétent  dans  tous  les  domaines de sa vie professionnelle, manager à succès ou architecte de renom, mais  qui refuse de s’avouer vaincu par une femme en lui annonçant que c’est elle et pas  une autre. Dans leur ouvrage3, Steven Carter et Julia Sokol étudient ce phénomène  tout en mentionnant que la plupart des écrits l’ont été du côté féminin et que très peu  d’auteurs  ont essayé de comprendre pour quelle(s) raison(s), les hommes  ont une  telle anxiété face à une relation durable. Il est évident que le fond du problème ne  réside nullement dans des imperfections ou des failles dans la relation. Il faut bien  admettre que l’homme n’a pas peur de l’amour mais de ce que l’amour représente.

Les hommes savent très bien que même en cette époque de post-révolution sexuelle  les femmes ne  prennent jamais  la sexualité à la légère. Ils ne  peuvent nier  le fait,  même  s’il  est  (in)consciemment  refoulé,  que  la  femme  s’attend  tôt  ou  tard  à  une  certaine forme d’engagement de la part de son partenaire sexuel. Dans une société  qui  va  toujours  plus  vite  et  où  la  valeur  d’un  être  humain  se  mesure  plus  à  sa  capacité de production qu’à ce qu’il est ou à ce qu’il fait, une relation stable semble  illusoire. Le plaisir doit être immédiat et interchangeable et si possible libre de toute  contrainte. Même si l’homme dans sa relation amoureuse a toujours dissocié le sexe  de l’amour – à l’inverse des femmes – qui simulent  parfois le sexe pour obtenir de  l’amour,  de nos jours, le mot toujours rime avec terreur pour lui. Pourtant, pour la  femme,  la  partie  la  plus  pénible  de  l’expérience  est  de  constater  un  changement  dans le comportement de son partenaire.   -  C’est  « le  virage  à  180° »,  comme  le  décrit,  Marion,  29  ans  qui  me  contacte  effondrée  et  très  revendicatrice  en  raison  du  traitement  que  j’ai  prescrit  à  son  compagnon,  Vincent,  34  ans  avec  lequel  elle  vit  depuis  4  ans  et  qui  souffrait  de  prostatite et d’une perte de libido depuis quelques temps. Vincent se dit très satisfait  du traitement et décrit même une amélioration de sa vie sexuelle avec Marion. Puis,  brusquement, il change de comportement, devient agressif, irritable et commence à  mentir à Marion alors qu’il sort de plus en plus tard le soir. Finalement, il avoue avoir  rencontré  une  nouvelle  petite  copine « plus  sympa  et  pas  trop  compliquée,  qui  ne  pose pas de question, elle ! ». Je demande alors au couple, dont la relation bat de  l’aile, de venir pour une discussion. Il ressort que Vincent ayant commencé à avoir peur  d’une  relation  durable,  et  trop  envahissante  à  son  goût  a  préféré  chercher  ailleurs.  Dans  l’intervalle,  les  troubles  sexuels  et  les  symptômes  prostatiques,  ne  semblaient  qu’une  somatisation  de  plus  de  son  angoisse  de  l’engagement  ayant  conduit à un évitement dans sa relation avec Marion. Vincent va mieux, mais pour  combien  de  temps ?  Et  Marion  dans  tout  ça ?  Qui  pense  à  elle ?  Qui  pense  que  derrière un certain romantisme, propre à de nombreuses femmes, se cache au fond  un véritable besoin de pragmatisme et de réalisme propre à toutes les femmes ? Il  n’est pas certain qu’il y ait une solution tant que les hommes se comporteront comme  des enfants et les femmes se culpabiliseront. Et c’est souvent lorsque la cour a été  difficile et que la relation semble aller pour le mieux, que les phobiques prennent la  fuite ! Il est vrai que la phobie de l’engagement ne représente rien de nouveau. Les  risques  de  tomber  entre  les  mains  de  la  fée  qui  se transforme  en  femme  sorcière  représentent  toujours  une  réalité  pour  certains  hommes1.  De  nos  jours,  toutefois,  cette  véritable  endémie  que  représente  la  phobie  de  l’engagement  semble  bien  saper  les  relations  humaines  et  la  bonne  marche  du  noyau  familial  et  social.  Les  couples se font et se défont de plus en plus jeune, de plus en plus vite et jamais pour  très longtemps2,3. C’est comme si l’homme semblait vouloir faire payer à la femme sa  volonté de libéralisation sexuelle des années 70.

-  Il  semble  bien  dire :  « vous  avez  eu  votre  pilule,  vous  voulez  une  place  de  taille  dans tous les milieux professionnels, mais vous ne nous aurez pas ! ». L’excuse est  même déjà souvent toute prête : « désolé, chérie, mais tu ne corresponds pas à mon  idéal de femme ». Alors que bien souvent, l’homme n’a pas d’idéal féminin, même s’il  recherche dans chaque femme un peu de sa propre mère, l’homme recherche dans sa relation amoureuse l’amour de soi et pas forcément l’amour de l’autre . Il semble  également  que  la  phobie  de  l’engagement  ne  touche  pas  seulement  les  couples  vivant en concubinage à qui le mariage fait peur, mais également les couples mariés,  dont un événement peut faire basculer en très peu de temps, une relation pourtant  en apparence stable. Tel ce jeune couple d’américains, travaillant les deux à l’ONU  et menant une vie très satisfaisante à tout point de vue. Le mari, Derek, 32 ans est  adressé  par  son  médecin  traitant  en  urgence,  en  raison  d’une  dysfonction  érectile  brutale  et  totale.  L’urgence  est  il  est  vrai  entretenue  par  l’angoisse  du  patient  persuadé qu’il a perdu son érection pour toujours. Il s’avère que la femme de Derek  lui aurait susurré à l’oreille juste avant leurs ébats : « come on baby, I would like a  baby  from  you  and  just  now ».  Plus  que  l’angoisse  de  la  performance,  c’est  la  pression d’un nouvel événement dans ce couple qui a déstabilisé le mari alors qu’il  aurait  voulu  que  les  choses  se  passent  plus  naturellement.  Mais,  ces  troubles  érectiles  et  ces  manifestations  phobiques  ne  sont  pas  rares  chez  les  couples  infertiles,   dont   l’acte   sexuel   doit   obligatoirement   correspondre   à   un   acte   de  procréation.

 

L’homme a-t-il vraiment peur d’aimer ?

 

-  Il  semblerait  qu’au-delà  de  la  peur  de  s’engager,  c’est  bien  la  peur  d’aimer  qui  domine.  Souvent  ces  hommes  sont  même  inconscients  de  leur  peur  et  de  leur  incapacité à aimer. Or, comme nous l’avons cité plus haut, pour aimer il faut donner : de son temps, de son énergie, de soi  . Malheureusement, aujourd’hui nous sommes  tous des preneurs et nous plaignons en permanence de ne pas recevoir assez. En  sont pour preuve les manifestations de séduction à outrance de beaucoup d’hommes  alors qu’ils  savent  parfaitement  dès  le  départ  qu’ils  ne  cherchent  qu’une  rencontre  brève et purement sexuelle. Pourquoi rejeter l’objet de son amour et de ses désirs ?  La réponse ne peut se trouver que dans cette tendance, pulsion, presque animale de  l’homme  de conquérir mais de  garder sa capacité décisionnelle  et son pouvoir sur  l’objet  de  sa  conquête1.  Or,  les  humains  –  en  particulier  les  femmes  -  doivent  ou  devraient faire preuve de beaucoup plus d’indépendance et de méfiance face à ce  genre de comportement  . Le jeu de la séduction est ce qu’il est c’est-à-dire un jeu.  Pour obtenir d’un homme un semblant d’engagement, il faudrait manifester très tôt,  un  discours  franc  et  clair  quant  à  ses  intentions  à  long  terme  afin  d’éviter  tout  quiproquo  et  surtout  que  les  femmes  ne  se  culpabilisent  pas  de  ne  pas  en  faire  assez.

- Mon propos s’illustre par le cas de Martial, bel homme de 48 ans très indépendant  qui ne cesse de multiplier les rencontres avec des femmes toujours plus jeunes et  très séduisantes qu’il attire grâce ses charmes et à son goût de la vie. Tout se passe  très bien jusqu’au moment fatidique où le beau sexe lui demande plus de présence,  plus d’attention et pourquoi pas une vie commune ? C’est alors la panique, et Martial  me consulte régulièrement au  gré  de ses rencontres  pour une « prescription d’une  des fameuses pilules pour renforcer l’érection » dont il a besoin en raison de pannes  brèves, mais déconcertantes, survenant presque exclusivement après que la femme  lui  ait  manifesté  un  intérêt  autre   que  sexuel…  Puis,  il  retrouve  d’excellentes  érections, ne prend plus de médicament, jusqu’à la prochaine conquête. Sa dernière  rencontre a d’ailleurs failli très mal se terminer lorsque sa compagne lui dit avant de  tourner les talons : « la prochaine fois que je rencontre un mec comme toi, je ferais  tout aussi bien de lui demander rapidement si je suis un numéro ou un prénom dans  son tableau de chasse ! «   – Une question que nous sommes en droit de nous poser est de savoir si les hommes  sont  spontanément  réticents  à  la  relation  avec  le  sexe  opposé  ou,  si  la  quête  d’indépendance de la nouvelle génération de femmes du XX et XXIème siècle ont fait  que les hommes ont perdu leur moyen. Car, s’il est bien un phénomène que l’on ne  peut scotomiser est le changement radical de notre société par rapport à la place de  la  femme  d’une  part  et  à  la  liberté  sexuelle  qu’elle  désire  d’autre  part.  La  femme  moderne  fonde  bien  souvent  le  plaisir  en  droit  et  veut  se  donner  le  choix  du partenaire, du moment et de la manière. Tout ceci doit s’inscrire en outre dans une  optique de carrière professionnelle si possible gratifiante, de désir d’enfant après les  diplômes et de vie sociale comblée et épanouie. Il n’est pas étonnant que face à un  tel programme de vie beaucoup d’hommes décident alors de prendre la fuite, ou ne  décide  même  pas  d’essayer…  Pourtant,  pour  certains  le  constat  est  clair :  « les  hommes  sont  lâches »,  c’est  ce  qu’affirme  Gilles  d’Ambra  par  peur  de  s’engager  surtout. Nonobstant le fait que les hommes et les femmes sont différents et donc ont  des codes et des systèmes de décodage très différents par rapport aux événements  de la vie, beaucoup de petites lâchetés masculines viennent également du fait que  les hommes encaissent mal les remarques et ont beaucoup de peine à se remettre  en question. Ils veulent, de plus, toujours avoir la possibilité d’avoir le choix, que ce  soit  en  amour  ou  dans  la  vie.  Ils  se  protègent  également  et  ne  sont  pas  très  courageux. Pour reprendre les propos célèbres de Napoléon : « En amour, la seule  victoire est dans la fuite », ce qui résume bien la situation. L’homme pense qu’il n’a  pas besoin de beaucoup exprimer, que la femme va tout comprendre, qu’elle lit dans  ses  pensées,  ce  qui  est  faux.  Beaucoup  de  problèmes  de  couple  ou  relationnels  pourraient  être  évités  si  l’homme  prenait  la  peine  d’exprimer  ses  sentiments.  Toutefois, pour sa défense, même si pour certains l’homme est spontanément lâche, il existe  un certain nombre de phénomènes ou de comportements féminins qui peuvent concourir à  faire  fuir  un  homme.  Ceci  arrive  lorsque  l’homme  a  peur,  par  exemple,  d’une  femme  trop  envahissante, même si c’est tout à fait involontaire et inconscient de sa part

Tel est le cas de Martin, solide campagnard de 36 ans, marié à Jeanne depuis 8 ans,  et  qui  me  consulte  pour  une  dysfonction  érectile  d’apparition  brutale.  L’examen  clinique ne montre absolument aucune particularité, les examens de laboratoire non  plus.  A  l’anamnèse  et  à  l’histoire  du  couple,  nous  apprenons  que  Jeanne  a  soudainement et récemment émis le désir de quitter la campagne et à commencé à  prendre des cours de secrétariat. Elle est devenue beaucoup plus indépendante, très  libre,   commence        à   gagner     sa   vie   et   ne    trouve    plus    Martin    intéressant.  Inconsciemment, chaque fois qu’il l’approche, elle prend un air relativement distant et  évasif,  ce  qui  lui  coupe  tous  ses  moyens,  comme  nous  pouvons  nous  l’imaginer.  D’autre part, devenue indépendante et gagnant sa vie, cette femme devient, pour la  vie de Martin, tout à fait envahissante et peut-être même tyrannique.   -  L’autre  extrême  est  représentée  par  le  cas  de  Cécile  qui  vient  me  consulter  spontanément, pratiquement en pleurs, pour m’expliquer que, alors qu’elle a vécu les  débuts d’un mariage tout à fait heureux avec son mari, depuis quelques temps, ce  dernier n’a plus aucun désir pour elle. Cécile vient d’un milieu extrêmement favorisé,  protégé et elle a toujours eu l’habitude que l’on fasse tout pour elle. Son mari s’est  occupé d’elle très gentiment et affectueusement dès le début du mariage mais, avec  le temps, les enfants, tout gérer devient un deuxième boulot à plein temps pour lui et  il ne peut faire face à tous les fronts. Je lui explique alors que son manque de désir  n’est pas une absence de désir pour elle, mais une fatigue et une indisponibilité en  raison  d’une surcharge émotionnelle et  physique dans  un couple où il n’y a aucun  partage et toute la charge est pour lui.

-  Enfin,  beaucoup  d’hommes  ont  peur  lorsqu’ils  fréquentent  ou  vivent  avec  une  femme  excessive  qui  est, par  exemple, trop belle, trop exigeante, trop intelligente,  trop indépendante ou trop nymphomane. L’homme au fond est un grand enfant et a  besoin d’un équilibre que ne saura lui donner qu’une femme elle-même équilibrée,  tempérée.  En  effet,  la  perfection  n’existant  pas,  il  vaudrait  mieux  essayer,  au  lieu  d’essayer  de  la  feindre,  de  chercher  à  maîtriser  ses  propres  imperfections  et  de  développer  notre  volonté  d’accepter  la  différence  entre  homme  et  femme  et  la  tolérance.

 

Les hommes aiment-ils différemment des femmes ?

 

Pour de multiples raisons qui peuvent être génétiques, culturelles ou sociales, les  hommes et les femmes ne fonctionnent pas de la même manière, surtout en amour.  L’homme a un fonctionnement réactionnel relativement binaire avec un principe du  gagnant et du perdant.

Ontogénétiquement,  il  s’agit  d’une  réaction  pulsionnelle  à  l’augmentation  ou  à  la  présence d’un taux de testostérone 20 fois plus élevé, valorisant l’action, le combat et la compétition. Chez l’homme,      qui fonctionne malheureusement parfois uniquement  selon  le  mode  « on/off »,  il  y  a  bien  souvent  une  dichotomie  entre  le  langage   et   les   sentiments.   D’où   les   difficultés   afin   d’échanger,   parler   et   se  sensibiliser  aux  émotions  féminines.  Il  est  intéressant  de  noter  que  la  plupart  des  hommes se débrouillent toujours pour ne parler que de sujets neutres, d’un point de  vue émotionnel et affectif, n’impliquant pas leur relation2. Bien que l’homme ait eu un  fonctionnement relativement similaire tout au long des siècles, il est intéressant de se  pencher  sur  le  phénomène  nouveau  de  notre  génération  d’une  véritable  peur,  angoisse, de l’homme de s’engager et d’exprimer ses sentiments. Comme le précise Gilles d’Ambra  : « les hommes n’osent plus draguer et se cherchent de plus en plus  au lieu de chercher les femmes. Existe-t-il peut-être une certaine mise sous pression,  alors  que  les  femmes  attendent  éperdument  qu’on  leur  fasse  la  cour ?  Un  des  phénomènes confortant peut-être ce genre d’attitude est énoncé par le fait que les  magasines, la télévision, l’Internet et la publicité en général valorisent des femmes  extérieurement et superficiellement belles et correspondant à un archétype qu’il est  parfois difficile de retrouver dans la réalité.

Les hommes ont pris le goût et la tendance de calquer leurs désirs et leur idéal sur ce  genre  de  femmes  qui  n’existent  bien  évidemment  pas .  Au  fond,  les  femmes  seraient  ou  trop  ou  pas  assez,  comme  dans  les  magasines,  ce  qui  complique  les  relations  humaines.  Les  femmes,  elles,  ont  toujours  eu  l’habitude  de  se  parer  et  d’être coquettes, afin d’attirer le regard des hommes. Pourtant, compte tenu de leur  quête d’indépendance qui n’échappe plus à personne, et de leur volonté à désirer un  droit au plaisir, de plus en plus d’hommes attendent qu’elles fassent le premier pas  au sens propre et figuré.   – On reproche bien souvent à l’homme d’avoir une peur phobique de s’engager dans  une  relation,  donc  de  ne  pas  savoir  aimer.  Est-ce  vrai ?  Si  oui,  pourquoi ?  La  psychanalyse nous enseigne que la phobie se développe bien souvent lorsque des  angoisses refoulées font soudainement surface. Elles proviennent de vieux conflits  émotionnels non résolus, réprimés, ayant pris racine souvent dans l’enfance. Force  est  de  constater,  que  bien  des  hommes  manifestent  une  véritable  peur  panique  à  l’idée de s’engager dans une relation et pas seulement amoureuse. Il semblerait que  les hommes aient de la difficulté à se fixer même s’ils trouvent l’être tant convoitée. Il  s’agit d’ailleurs d’une plainte récurrente chez les femmes. Séverine par exemple, qui  vient  accompagner  son  ami  qui  consulte  pour  un  problème  d’érection  d’apparition  récente,  me  confie  que  la  panne  érectile  est  concomitante  à  la  demande  qu’elle  aurait faite de désir d’enfant et de stabilisation du couple par le mariage.

Ce cas n’est pas unique et il semble bien que les hommes aient une vraie phobie de l’engagement, surtout lorsqu’il y a « risque » de stabilisation  . Plusieurs explications  sont possibles : désir de garder une porte de sortie, mais aussi peur de ne pas être à  la hauteur lors d’une relation à long terme, peur de ne pas découvrir ou au contraire  de découvrir des choses déplaisantes chez l’autre… Pourtant, les hommes affichent  presque  invariablement  le  même  schéma :  recherche  assidue  du  bonheur,  de  la  partenaire idéale, puis brusquement, désengagement, perte de confiance, retrait puis  fuite.  Le  moment  de  cette  fuite  correspondra  ou  dépendra  de  ce  que  l’homme  considère   comme   un   point   de   non-retour   dans   son   processus   d’engagement  personnel.  Ainsi,  Paul,  44  ans  célibataire  endurci,  me  raconte  qu’il  a  une  extrême  facilité à courtiser les plus jolies filles avec qui il passe des moments fort agréables et  avec  lesquelles  il  entretient  des  relations  sexuelles  très  satisfaisantes,  jusqu’au  moment où sa partenaire lui demande inévitablement de s’engager de manière plus  assidue. C’est alors que ses phobies se manifestent : angoisse de la foule, troubles  du  sommeil,  troubles  érectiles  et  perte  de  la  libido.  Au  moment  où  il  m’a  consulté pour une panne sexuelle brusque lors d’un rapport, malgré la prise de Viagra  , il m’a  lui-même  avoué  qu’il  pressentait  qu’il  aurait  des  difficultés  érectiles  car  quelques  heures auparavant, lors du dîner, sa compagne se plaignait du manque d’attention et  du caractère volage et dissolu de sa vie de couple. Comme si elle mettait le doigt sur  ce qui angoissait le plus ce célibataire qui ne cherchait au fond qu’à vivre l’instant  présent sans autre arrière pensée.

 

Que signifie aimer pour un homme ?

 

L’homme  a  besoin  d’être  aimé.  Pourtant  les  hommes  sont  difficiles  notamment  lorsqu’ils abordent ces problèmes. Paradoxalement, l’identité de l’homme et souvent  l’idée qu’il se fait de l’amour et du bonheur repose non pas sur ses désirs propres  mais sur ses désirs féminins. Bien souvent, il utilise son corps non comme un moyen  de séduction mais comme une cuirasse, une protection afin de se rassurer lorsqu’il ne  trouve pas d’amour  auprès de  sa partenaire.  La  tendance des hommes  à  tout  intellectualiser et à se distancier de leurs sentiments constitue un réel handicap dans  leurs  relations  intimes.  Ceci  est  d’autant  plus  difficile  qu’aujourd’hui  les  femmes  recherchent un compagnon qui fasse naître des émotions en elles et les fasse rire.  Elles  fuient  la  monotonie  et  recherchent  le  renouveau  constant  dans  la  relation.  Personne ne leur donnera tort. Pourtant, pour le partenaire, cela peut être stressant  et   parfois   même   épuisant.   Au-delà   des   problèmes   sexuels   d’impuissance   ou  d’éjaculation, l’homme a un réel problème d’identité. «Comme le précise A. Gratch2 :  « si les hommes étaient muets, c’est par le biais du sexe qu’ils communiqueraient ».

- En effet pour la plupart d’entre eux, tout est sexuel sauf le sexe qui reflète le plus  souvent   la   honte,   le   vide   émotionnel,   le   sentiment   d’insécurité.   Les   hommes  exprimeraient par le sexe tous les conflits émotionnels qu’ils ressentent qui n’ont en  définitive rien à voir avec le sexe. En général, l’homme n’aime pas se sentir passif et  vulnérable.  Comment  l’homme  concilie  t’il  aujourd’hui  son  besoin  d’aimer,  d’être aimer et son désir ou ses désirs ? Pour W. Pasini ,  l’homme a isolé le sexe de la  procréation  mais  aussi  du  cœur.  Donc,  aimer  ne  passe  plus  forcément  par  la  sexualité. Cette dernière serait plutôt devenue une façon d’exprimer des tendances  personnelles.  Pourtant  les  hommes  ont  toujours  cherché  à  séduire  et  à  aimer  les  femmes. Ils ne savent plus aujourd’hui comment les rendre heureuses. Difficile de les  comprendre surtout quand la majorité d’entres elles n’expriment pas leurs sentiments et leurs désirs  . Pour une femme ne pas avoir à demander est bien souvent l’une des  définitions de l’amour !

 

Problèmes éjaculatoires : éjaculation précoce, retardée, anéjaculation

 

- L’éjaculation précoce est définie par le DSM-IV comme étant une éjaculation apparaissant  dans  la  minute  qui  suit  la  pénétration.  On  estime  aujourd’hui  que  l’éjaculation  précoce  concerne  de  28  à  36%  des  hommes  et  représente  le  trouble  sexuel  et  le  motif  de  consultation  le  plus  fréquent.  Malgré  sa  fréquence  élevée, l’étiologie  de  l’éjaculation précoce  reste  débattue.  Au-delà  de  la  description  princeps  de  Kaplan  et  collègues   qui  donnait      une     explication      psychodynamique  centrée sur  des tendances  sadiques et  narcissiques, la vision moderne de l’étiologie de ce trouble, serait plutôt une hypersensibilité pénienne.

Pour de nombreux couples, ce problème peut représenter un véritable handicap à la  vie amoureuse de loin plus gênant qu’un trouble érectile. Etonnement beaucoup s’en  accoutument. Pourtant, lorsque le patient est traité et pris en charge efficacement, la  partenaire note une très nette différence et se rend compte de l’importance d’avoir  traité  le trouble  éjaculatoire, car la qualité de la relation s’en trouve très  nettement  améliorée.  En  outre,  ce  phénomène,  comme  les  troubles  sexuels  masculins  en  général, ôtent du plaisir parce qu’ils entrainent une anxiété de performance ou une  angoisse  anticipant  l’échec.  Etre  persuadé  d’être  systématiquement  un  éjaculateur  précoce va forcément concourir à vous donner raison. Ainsi, au lieu de profiter des  préliminaires  qui  sont  souvent nécessaires  à  la  relation amoureuse,  un  homme va  s’angoisser de plus en plus en attendant que son érection accepte de se manifester  ou à la simple pensée qu’il puisse avoir une éjaculation au bout de 30 secondes ou  une minute.   – François me consulte car, il souffre d’éjaculation très précoce depuis toujours à ses  dires. Il s’agit d’un homme de 35 ans, marié à la même femme depuis 12 ans, avec  laquelle il entretient des rapports sexuels par ailleurs satisfaisants en qualité et  en  fréquence.  Depuis  quelques  temps, sa femme  ne trouve plus  aucun  plaisir  à  leurs  ébats amoureux, notamment en raison de l’éjaculation précoce, bien que le patient  ait  toujours  présenté  ce  problème.  Les  rapports  sexuels  du  couple  sont  toutefois  fréquents, mais insatisfaisants, avec une tendance à être bâclés, même au moment  des  préliminaires.  A  l’examen  clinique,  il  n’y  a  aucune  anomalie  au  niveau  de  la  prostate  ou  des  organes  génitaux  externes.  Le  patient  étant  d’un  naturel  anxieux avec  un  profil  psychologique  fragile,  je  l’adresse  en  parallèle  en  physiothérapie  périnéale       et,   en     vue    d’une      sexothérapie        complémentaire           à    un    traitement  anesthésiant  topique  et  antidépresseur  que  je  lui  prescris.  Le  physiothérapeute  effectue   un   travail   de   fond   au   niveau   de   la   musculature   périnéale   avec   un  apprentissage de la reconnaissance de la contraction de la musculature pelvienne,  notamment du groupe bulbo-caverneux. La musculation périnéale fait des miracles.  Le   patient   revient   en  consultation   en   notant   un   très   net   progrès,   permettant  également une amélioration de la situation mictionnelle que le patient avait d’ailleurs  scotomisée lors de l’anamnèse initiale à ma consultation. Actuellement, il peut non  seulement  retenir  sa  vessie  avec  de  meilleurs  intervalles,  mais  l’éjaculation  est  beaucoup  mieux  contrôlée  avec  un  orgasme  de  qualité  à  l’entière  satisfaction  du  couple.  A  cet  égard,  il  est  important  de  préciser  que  l’intensité  de  l’orgasme  est  inversement proportionnelle à la durée de la période avant éjaculation. En effet, les  hommes  éjaculateurs  précoces  affirment  plus  volontiers  que  le  plaisir  est  moins  intense, ce qui semble logique. Bien évidemment, chaque homme devrait trouver le  seuil idéal entre montée du plaisir et éjaculation.   -  L’éjaculation  précoce  peut  être  traitée  par  des  méthodes  comportementales  ainsi  que  par  inhibiteurs  du  recapture  de  la  sérotonine,  comme  la  sertraline et  la  paroxétine.

En  outre,  il  faut  citer  les  thérapies  comportementales  décrites  déjà  par  Masters  et Johnson telles que la « squeeze pause » technique ou « stop-start » de Kaplan . Ces  techniques permettent à l’éjaculateur précoce de maîtriser la montée de son plaisir  jusqu’à pouvoir contrôler puis retarder son orgasme éjaculatoire. Le succès de ces  techniques est excellent avec des résultats allant jusqu’à 85%. La réponse dépend  toutefois de la coopération de la partenaire. Une nouvelle piste thérapeutique semble  représentée par ce que l’on nomme EMDR ou « Eye Movement Desensitization and  Reprocessing ».  Cette  approche  de  désensibilisation  et  de  retraitement  par  les  mouvements  oculaires  est  une  approche  thérapeutique  nouvelle  du  Syndrome  de  Stress   Post   Traumatique   (PTSD).   Cette   méthode   psychothérapique   utilise   la  stimulation sensorielle des deux côtés du corps, soit par le mouvement des yeux, soit  par des stimuli auditifs ou cutanés pour induire une résolution rapide des symptômes liés à des traumatismes du passé . Christophe Marx, sexologue à Nîmes reporte une  étude  personnelle  basée  sur  cette  technique  avec  un  protocole  thérapeutique  comportant  trois  consultations  d’une  heure,  à  trois  semaines  d’intervalle.  Parmi  11  cas  traités,  8  ont  vu  s’améliorer  leur  sexualité  -  le  critère  d’amélioration  étant  le  passage   à   une   durée   de   rapport   intravaginal   « acceptable »   pour   les   deux partenaires, avec disparition de l’anticipation négative.

- A l’opposé des problèmes d’éjaculation  précoce, les difficultés à éjaculer du type  éjaculation  retardée  ou anéjaculation,  ainsi  que  les difficultés  à  éprouver  du  plaisir  sont  beaucoup  plus  rares.  En  dehors  des  problèmes  postopératoires  classiques  représentés  surtout  par  des  interventions  chirurgicales  au  niveau  du  petit  bassin  ayant lésé les nerfs sympathiques ou les problèmes liés à la prise de  médicaments,  la plupart des patients ayant une difficulté à éjaculer sont souvent des patients ayant  des troubles de la personnalité avec des comportements obsessionnels.   – Parfois, le trouble éjaculatoire est lié à un problème banal, telle qu’une infection au  niveau urogénital, comme le cas typique de Philippe, sympathique chauffeur de bus  de 47 ans, consultant pour une difficulté progressive à l’éjaculation et une baisse de  libido d’apparition également progressive et lente. Un bilan hormonal complet permet  d’exclure un hypogonadisme ou un trouble cérébral. Le patient n’a pas d’antécédent  médico-chirurgical  particulier  ou  de  prise  médicamenteuse.  Un  examen  simple  au  niveau  de  la  prostate,  après  massage,  récolte  des  sécrétions  et  de  l’urine,  ainsi  qu’une   échographie   endorectale,   permettent   de   confirmer   une   prostatite   avec  dysfonction      pelvienne.     Après     un    traitement     antibiotique,    anti-inflammatoire,  décongestionnant  et  alpha-bloquant,  le  patient  est  transformé  et  revit  avec  une  éjaculation  de  meilleure  qualité.  C’est  dire  l’importance  d’un  examen  physique  et  biologique complet avant de classer le patient dans un trouble de la personnalité ou  psychologique. Comme le dira Philippe, lui-même par la suite : « je m’en veux de ne  pas  vous  avoir  consulté  plus  tôt .  En  effet,  ma  relation  de  couple  s’est  trouvée  extrêmement  perturbée  par  mes  problèmes  d’éjaculation,  à  tel  point,  que  ce  n’est que lorsque mon épouse m’a menacé de me quitter si je n’allais pas voir un médecin  ou consulter un spécialiste, que je me suis décidé à venir vous trouver ». Le cas de  Philippe  n’est  pas  unique  et,  bien  souvent,  en  raison  de  non-dits,  de  préjugés  ou  d’idées  reçues,  beaucoup  de  patients  tardent  à  consulter  et  laissent  la  relation  de  couple s’envenimer à tort. De nouveau, le problème éjaculatoire s’était manifesté par  une difficulté à  accéder à l’orgasme, avec une insatisfaction de la partenaire  qui a  réagit,  fort  heureusement.  Le  blocage  qu’a  ressenti  le  patient,  ainsi  que  l’image  négative qu’il se projetait de lui-même, ne l’a pourtant pas fait broncher. La femme,  beaucoup  plus souvent à l’écoute de son corps et des dysfonctionnements, est, la  plupart du temps, salvatrice dans la démarche vers le spécialiste !

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Norme et performance en sexualité

 

-  La  compréhension  de  la  sexualité  d’un  individu  nécessite  de  prendre  en  compte  son  environnement  conjugal,  familial  et  socioculturel,  de  connaître  le  vécu  et  le  ressenti  du  trouble  sexuel  sur  sa  qualité  de  vie,  de  préciser  sa  demande  et  bien  évidemment  celle  de  sa  partenaire.  En  fait,  bien  que  la  sexualité  représente  une  fonction  physiologique  non  vitale,  elle  est  pourtant  ressentie  comme  vitale  et  primordiale pour beaucoup. Malgré les progrès tant médicaux que dans le domaine  de la communication, beaucoup d’individus, même encore jeunes pensant qu’ils ne  correspondent  plus  à  une  norme  sexuelle  ou  de  désir  s’accomodent  de  leur  dysfonctionnement ou parfois se résignent d’emblée1. La sexualité ne fait partie et ne  devrait faire partie d’aucune norme. Bien que l’on s’accorde aujourd’hui à mentionner certaines  normes  culturelle,  sociale  etc… ,  la  sexualité  ne  répond  sur  le  plan  individuel, fort heureusement, à aucune norme. Elle serait plutôt une entité ayant une  variété de pratiques et d’attitudes selon les personnes et pour une même personne  selon  le  moment,  les  circonstances  et  la  partenaire.  Le  regard  de  l’homme  sur  sa  sexualité  est  toujours  brouillé  par  l’inconnu  du  passage  à  l’acte  surtout  lors  des  premiers rapports sexuels.

Sans être réellement nouveau, le domaine de l’anxiété face à la performance a pris  de  l’ampleur  avec  la  mise  en  avant  de  la  demande  sexuelle  des  femmes  et  des  relations  homme-femme.  En  effet,  jusqu’à  il  n’y  a  pas  si  longtemps,  les  femmes  subissaient  l’acte  sexuel,  la  relation  et  même  l’homme,  diluant  leur  insatisfaction  dans le renoncement ou l’adultère. Le mariage était bien souvent l’étape obligée pour  accéder      à   la   sexualité.     Actuellement,       plus    indépendantes         matériellement        et  physiquement les femmes veulent aujourd’hui conjuguer leur carrière  à leur vie de  femme,  épanouissement  maternel  et  sexuel  inclus.  Elles  demandent  un  plaisir  qu’elles fondent en droit et se donnent le droit de l’obtenir1. La femme peut connaître  actuellement  et  revendiquer  le  plaisir.  De  nos  jours,  les  unions  ne  sont  plus  éternelles.  Les  partenaires  ne  sont  plus  dépendantes.  Elles  ont  des  expériences,  elles comparent et souvent elles choisissent. L’homme devient alors nu et s’imagine  qu’il ne bande pas bien, qu’il sera rejeté, moqué ou détrôné. Bien souvent, il préfère  alors  fuir  plutôt  que  d’affronter  le  passage  à  l’acte.  Le  cerveau  va  alors  anticiper  l’échec et c’est le fiasco. L’aide à l’érection devra alors souvent être épaulée par un  travail sur soi aidé par un sexo ou psychothérapeute. Il faudra alors lutter contre ces  fausses normes et essayer de réhabiliter le couple à une sexualité assise sur l’écoute  de  l’autre  et  sur  l’affectif.  Il  n’existe  et  on  ne  le  répétera  jamais  assez  aucun  comportement  normatif  donc  exonéré  de  responsabilité.  La  sexualité  n’est  pas  normative.

Pourtant la société ne cesse de vouloir nous imposer une norme, ce qui met l’homme sous  pression et aboutit à l’échec. Cette norme nous est bombardée non seulement par l’internet  mais  également  par  tous  les  médias  et  les  moyens  audiovisuels  par  le  biais  de  films  pornographiques  notamment,  qui  mettent  à  disposition  de  personnes  encore  relativement  jeunes et immatures des images et des comportements que l’on veut actuellement normatifs.  Non  seulement,  cette  exposition  détruit  l’image  de  la  femme  ou  du  partenaire  qui  est  vu  comme un « objet de désir », mais oriente l’homme vers une fausse image ou idée du sexe  et   de   la   sexualité.   On   ne   parlera   plus   d’amour,   on   parlera   de   comportement.   Ces  comportements peuvent alors être très facilement abusifs et désorientés.

 

Orgasme : neurologie, neurobiologie, psychologie et endocrinologie

 

- L’orgasme considéré comme le point culminant de l’expérience sexuelle constitue  encore une phase mal connue dans le cycle de la réponse sexuelle, et ceci malgré  les nombreux travaux de recherches en neurologie, neurobiologie et neuroendocrinologie . Comprendre la nature de l’orgasme et surtout ses implications  dans les cas de dysfonctionnements sexuels paraît crucial. Nous avons déjà évoqué  la  définition  de  l’orgasme  que  donne  F.  Parpaix  et  surtout  le  fait  de  ne  pas  le  confondre avec l’orgaste.

- Sur le plan neurologique, les nouvelles recherches en imagerie  et neurosciences  nous  permettent  de  mieux  comprendre  ce  qui  se  passe  au  niveau  cérébral  au  moment d’un orgasme. Les premières investigations incriminaient le cortex préfrontal droit. De récentes études de tomographie par émission de positrons (PET Scan) ont  permis  de  mesurer  l’augmentation  du  flux  sanguin  au  niveau  cérébral  durant  l’éjaculation.  L’augmentation  se  ferait  surtout  et  spécifiquement  au  niveau  de région  de transition mésencéphalique dans  l’aire tegmentale ventrale  . De manière  étonnante,  cette  aire  cérébrale  contient  le  groupe  cellulaire  dopaminergique  A10  impliqué dans les comportements de récompense. C’est cette même région qui activée  lors  d’un  rush  de  cocaïne  ou  d’héroïne  et  Holstege  et  al.,   suggèrent  une  correspondance entre la « récompense » comme plaisir et l’acte sexuel. Concernant  le  domaine  neuro-endocrine,  il  semble  que  la  réponse  endocrinienne  à  l’orgasme  tant chez l’homme que la femme soit représentée par une augmentation massive et  continue  de  prolactine3,4.  La  production  de  prolactine  servirait  de  modulateur  à  la  réponse sexuelle ainsi que pour la fonction reproductrice.

 

Sentiment amoureux et désir sexuel

 

-  Globalement,  l’on  peut  dire  que  la  sexualité  chez  l’homme  correspond  à  quatre  phases :

1.  Le  désir  ou  libido  qui  correspond  à  l’intérêt  porté  à  la  relation  sexuelle  ou  l’attirance  vers  le  partenaire.  Habituellement  le  terme  de  libido  est  réservé  par  les  spécialistes  afin  de  décrire  « la  manifestation  dynamique  de  la  pulsion sexuelle dans la vie psychique ». Comme le précise R. Virag1, Freud a offert  aux hommes le mot commode de libido pour parler de leur sexualité.

2.  L’excitation,  qui  chez  l’homme  est  surtout  liée  à  des  stimulations  visuelles,  olfactives,  tactiles,  ou  à  des  fantasmes.  L’excitation  aboutit  par  le  biais  d’une stimulation neuro-humorale à l’érection.

3.  L’orgasme  correspond  au  paroxysme  de  l’acte  sexuel  aboutissant,  en principe à l’éjaculation génératrice de plaisir.

4. La résolution ou période réfractaire suit l’orgasme et est variable en  durée mais peut aller de quelques minutes à quelques jours selon l’âge.

-  Le  désir  sexuel  est  bien  souvent  le  baromètre  d’une  relation  nous  indiquant  en  quelque  sorte  le  niveau  de  l’énergie  du  couple.  On  peut  penser  que  sans  désir  sexuel, qui est à la base de l’attraction entre deux personnes, le couple est amené à s’éteindre  .  Le  désir  serait  en  somme  son  carburant.  Par  ailleurs,  il  est  tout  à  fait  normal  que  le  désir  fluctue  puisqu’il  est  d’abord  en  chaque  personne  et  qu’il  suit  forcément la courbe de ses humeurs et de son énergie. Mais qu’est-ce donc que ce  désir sexuel ? En fait, le désir est de deux ordres: le désir de l’autre ainsi que l’envie  d’être désiré. Le premier fait état de l’envie de se rapprocher, d’aller vers l’autre, de le  conquérir,  de  se  nourrir  de  sa  différence,  de  le  toucher,  de  le  prendre  et  de  lui  procurer du plaisir. Le second parle davantage de l’envie d’être admiré, conquis par  l’autre,  c’est  le  désir  de  s’abandonner,  d’être  pris  et  de  savourer  le  plaisir  reçu.  L’équilibre entre ces deux pôles chez une même personne est donc essentiel pour  un  désir  complet  et  authentique1.  Contrairement  à  ce  que  plusieurs  personnes  pensent,  le  désir  sexuel,  tout  comme  le  sentiment  amoureux  et  l’intimité,  ça  se  construit.   De   plus,  le  désir   sexuel   semble   émerger   de   deux  sources   :  l’une  pulsionnelle et dépendante de l’action de la testostérone, l’autre, et non la moindre,  est  une  construction  volontaire.  L’intensité  du  désir  pour  l’autre  dépend  donc  d’un  investissement  personnel  et  de  son  propre  engagement.  Pour  avoir  envie  d’une  chose,   il   faut   d’abord   y   penser!   Mais   attention,   il   est   primordial   d’y   penser  intelligemment afin de découvrir ses propres sources d’inspiration.

 

Ce que pensent les femmes des dysfonctions érectiles et leurs traitements

Paradoxalement, lors du début de la prescription des inhibiteurs de la 5- phosphodiestérase, beaucoup de femmes étaient opposées à la prescription de ces  médicaments  chez  leur  mari  ou  leur  partenaire.  On  peut  arguer  qu’il  s’agisse  de  femmes post-ménopausées qui n’avaient plus trop envie d’avoir des rapports sexuels  ou  de  femmes  qui  n’étaient  pas  trop  portées  sur  le  sexe.  Toutefois,  force  est  de  constater  que  la  femme  a  beaucoup  de  peine  et  de  difficulté  à  accepter  que  la  dysfonction érectile chez l’homme ne soit pas liée à sa capacité de séduction. Hormis  les  consultations  (de  plus  en  plus  fréquents)  de  jeunes  gens  déboussolés  et  inexpérimentés  par  l’approche  de  la  sexualité  et  surtout  d’une  femme  plus  libre  et  libérée,  un  phénomène  très  intéressant  est  représenté  par  le  fait  que  l’homme  découvre  souvent  qu’il  a  de  meilleures  érections  avec  une  autre  femme  que  celle  qu’il aime ! La femme n’apprécie pas et cela se comprend. Pourtant, au lieu de venir  en  parler,  beaucoup  de  femmes  considèrent  que  le  dysfonctionnement  érectile  de  leur homme est lié à un dysfonctionnement de la libido avec une incapacité à aimer.

En pratique urologique, seuls 25% des hommes sont accompagnés de leur femme ou partenaire  . C’est déjà beaucoup me direz-vous. En effet, ce sont bien souvent les  femmes  qui  lisent  les  livres,  écoutent  les  émissions  et  répercutent  les  possibilités  offertes par la prise en charge des incapacités masculines. Toutefois, lorsqu’il s’agit  de prescrire un médicament pour aider le patient à regagner son érection, beaucoup  de   femmes   ont   peur,   d’une   part   en   raison   des   possibles   effets   secondaires  notamment sur le système cardio-vasculaire, et d’autre part, elles sont réticentes au  fait qu’un homme doive prendre une pilule pour la désirer à nouveau. Ce phénomène  est très joliment illustré dans le film de Claude Berri « La débandade » où l’on voit  une  femme,  magnifiquement  interprétée  par  Fanny  Ardant,  qui  est  tout  à  fait  effarouchée par le fait qu’elle doive se soumettre  « aux expériences » de son mari  utilisant  les  injections  intracaverneuses  ou  même  la  prise  d’un  comprimé  pour regagner   son   érection .   La   femme   est   bien   souvent   inconsciente   de   l’aide  phénoménale  qu’elle  peut  et  qu’elle  doit  apporter  au  patient  afin  de  regagner  confiance en lui en-dehors du fait qu’il doit regagner des érections de qualité quelle que soit la méthode ou le traitement utilisé.

Le handicap masculin est alors aujourd’hui révélé et bien souvent condamné. Il y a  essentiellement deux raisons qui font que les femmes sont réticentes à la prise d’un  traitement pour regagner l’érection : la peur des complications surtout cardiaques et  le manque de spontanéité du phénomène érectile lié à un traitement et non plus au  désir suscité. Pour répondre à ces angoisses, il faudra expliquer au patient et à son  épouse  ou  compagne,  si  on  arrive  à  la  faire  venir  à  la  consultation,  que  les  médicaments  permettant  de  regagner  la  fonction  érectile  ne  sont  absolument  pas  dangereux  pour  le  cœur  ou  pour  le  corps  à  condition  que  l’on  ait  respecté  les  recommandations  d’emploi  et  les  contre-indications,  y  compris  les  interactions  médicamenteuses  surtout  chez  les  patients  cardiaques  ou  hypertendus.  Je  me  rappelle  toujours  du  cas  de  ce  couple  d’âge  moyen  venu  consulter  pour  un  dysfonctionnement  chez  monsieur  en  même  temps  qu’un  problème  de  prostate.  Lorsque j’ai proposé un médicament pour la prostate accompagné d’un médicament  pour les érections, la femme me dit d’un air tout à fait sérieux et presque autoritaire :  «  j’espère, Docteur, que vous n’allez pas lui prescrire du Viagra, . Maintenant que j’ai  la  ménopause,  je  peux  être  un  petit  peu  tranquille ! » Ce  cas  assez  typique  est  contrebalancé par beaucoup d’autres situations moins cocasses où la femme ne veut  pas la pilule  pour l’homme parce  qu’elle a l’impression qu’elle n’est plus désirable.  Dans d’autres situations, c’est l’homme qui veut la pilule parce qu’il ne veut plus la  femme  qui  est  avec  lui  et  veut  aller  trouver  d’autres  femmes.  Chacun  doit  alors  s’interroger sur la banalisation du sexe présenté comme une activité ludique, traité  comme un adjuvant et non pas comme partie prenante de la relation amoureuse.

Bien  souvent  on  entend  dire  que  les  médicaments  permettant  de  regagner  l’érection   sont   des   substitutifs   ludiques   des   pilules   de   l’amour.   Il   s’agit   bien  évidemment de traitement permettant de retrouver une érection de qualité chez un  homme déjà diminué et anxieux. Cette connotation et ces préjugés sont à l’origine  d’un  problème,  non  seulement  en  Suisse  mais  dans  d’autres  pays  en  Europe,  de  difficultés rencontrés dans le remboursement de ces médicaments qui ne sont pas  encore  pris  suffisamment  au  sérieux  alors  que  le  problème  du  dysfonctionnement  érectile et du dysfonctionnement sexuel est un véritable problème pour l’homme qui  souffre. Car derrière chaque homme qui vient consulter, il existe une souffrance d’un  humain,  d’un  couple  et  une  histoire  qui  se  brise,  parfois.  Malheureusement,  les  patients tardent à consulter et au moment où l’on voit ces couples où même lorsque  l’on arrive à redonner une érection, le fossé affectif et émotionnel s’est déjà creusé.  Même si la femme bien souvent n’apprécie pas l’intrusion du médical et du comprimé  dans     son    intimité,   elle   doit   comprendre        que    pour    un    homme       dont    le  dysfonctionnement   est   pour   la   plupart   du   temps   un   problème   organique,   le  médicament  et  le  bilan  médical  sont  indispensables.  J’en  veux  pour  preuve  des  situations, comme après une chirurgie pour cancer  de la prostate ou une chirurgie  pelvienne  dans  laquelle  sans  aide  médicamenteuse  ou  mécanique,  l’érection  est  impossible  en  raison  des  lésions  nerveuses  et  vasculaires  occasionnées  par  la  chirurgie. Les femmes se font difficilement à l’idée de ne pas provoquer l’érection de  leur homme et la dichotomie sexe-amour ne se décline plus de la même façon. Le  pouvoir de séduction doit nécessairement aboutir à une érection. On assiste alors à une  certaine  collusion  entre  la  crainte  masculine  de  déchoir  en  montrant  qu’on  a  besoin d’une aide et le veto féminin qui ne veut pas d’aide ou d’associé à provoquer                                                                       1 la réaction sexuelle adéquate de son partenaire . Il est intéressant de noter que la  possibilité  aujourd’hui  quasi  « absolue »  que  nous  avons  de  traiter  l’impuissance  masculine agit comme un révélateur de l’ensemble des problèmes de sexualité.   -  Bien  que  ce  chapitre  soit  consacré  aux  médicaments  par  voie  orale,  il  existe  d’autres      traitements       à    disposition       que     nous     avons      brièvement         mentionnés,  notamment les injections de substances vaso-actives ou les prothèses ou implants  péniens. Toutefois, la pilule est bien souvent préférée aux injections car elle est plus  proche  de  la physiologie, elle  nécessite le  désir et l’érection ainsi améliorée cesse  avec  l’éjaculation  contrairement  à  ce  qui  se  passe  avec  l’injection  de  substances  vaso-actives ou avec la prothèse. En outre, certains médicaments à durée d’action  beaucoup  plus  longue  comme  le  tadalafil  (Cialis®)  permettent  de  ne  plus  devoir  reprogrammer   en   quelque   sorte   l’acte   sexuel   puisque   la   durée   d’action   du  médicament  permet  lors  de  la  prise  d’une  à  deux  pilules  par  semaine  d’avoir  des  érections  pratiquement  à  la  demande  et  des  rapports  sexuels  spontanés.  Cette  liberté permet de retrouver une certaine harmonie dans le jeu amoureux et dans les  préliminaires2. Il n’y a pas de doute que cela permettra également à la femme de ne  plus voir la pilule comme un intrus.

Il m’est même arrivé certaines fois afin de court-circuiter ce genre de situation de  conseiller à un homme de ne surtout pas révéler à son épouse ou sa compagne qu’il  prenait  une  aide  à  l’érection  surtout  au  début  du  traitement  afin  d’éviter  le  regard  parfois  culpabilisateur  et  « castrateur »  de  la  femme.  Une  fois  que  les  rapports  (sexuels et affectifs) sont repris de manière tout à fait satisfaisants et harmonieux, le  patient alors mis en confiance pourra révéler à sa compagne qu’il a reçu une petite  aide du médecin et que les choses sont rentrées dans l’ordre. La démarche la plus  difficile pourtant reste celle de ceux qui ont initié une relation grâce à un traitement  sans l’avoir révélé et qui n’arrive toujours pas à le révéler à leur partenaire. Il s’agit  parfois en quelque sorte d’un cercle vicieux puisqu’on n’ose pas dire à sa partenaire  que l’érection est revenue à la normale grâce à un médicament sous peine de voir se  briser la relation de confiance (parfois bien fragile) qui s’est réinstaurée. Pourtant la  découverte  d’une  sorte  de  maîtrise  technique  de  la  reprise  d’une  érection  offre  à  l’homme la possibilité de s’affirmer en tant qu’homme et de redonner du plaisir à sa  partenaire.